Cyril, 28 ans, web entrepreneur, expatrié aux Philippines

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Il est des personnes qui font tout d’un coup, et ce fut le cas de Cyril. Il voulait vivre en Asie et créer sa propre société. Il n’a pas attendu et a fait les deux en même temps. Portrait.

Cyril, pourrais-tu nous dire quelques mots sur ton parcours ?

 Je suis originaire de Lorraine. J’ai vécu et grandi dans les départements de la Moselle et de la Meurthe-Et-Moselle, entre Metz et Nancy. Niveau études, je suis diplômé d’un Master en informatique et d’un master en commerce électronique que j’ai effectué à Oxford en Angleterre.

J’ai compris très jeune que je n’arriverai pas à être salarié. A la sortie de mes études, j’ai tenu trois mois dans la boîte qui m’avait embauché avant de poser ma démission. Le cadre, les horaires, la hiérarchie, c’était impossible. De plus, j’avais remarqué que trop de règles pouvaient tuer l’envie de créer et d’innover. Or, c’était justement ce que je voulais faire : je voulais créer et entreprendre.

Aujourd’hui, je suis un web entrepreneur de plus sur la toile, nomade et voyageur comme il en existe un peu partout dans le monde.

Ton rêve était également de vivre en Asie ?

J’ai toujours rêvé de vivre en Asie et d’être un résident philippin permanent ! Cela faisait des années que je voyageais sur ce continent.

Mon expatriation officielle date de l’an dernier, en 2014. Je suis désormais installé à Cebu. J’y ai construit mon cercle d’amis et mes relations. Je suis tombé amoureux du climat, de la sympathie des locaux, des paysages, de la mer…

Comment est né ce désir d’expatriation ? Y’a-t-il eu un événement déclencheur ?

Oui. Les études que j’ai faites en Angleterre ont totalement bouleversé ma conception de la vie. J’ai découvert la richesse d’une autre culture. Ca m’a donné la maladie du voyage et je n’ai pas réussi à me poser à un endroit précis plus de 6 mois jusqu’à ce que je trouve mon petit chez moi aux Philippines. J’ai pas mal vadrouillé avant. C’est drôle car à l’adolescence, j’étais très casanier : le monde extérieur me faisait peur et je n’avais aucune envie de voyager. On change, on évolue et c’est une bonne chose.

Justement, en parlant de « changement », quelles sont tes ressources ?

Je suis très branché développement personnel. Je cherche constamment à devenir une meilleure version de moi-même. Je veux enrichir mes connaissances et mes expériences. Une mentalité d’ingénieur, de hacker, je suppose…

Dans quelles circonstances (familiales, professionnelles…) as-tu débuté ton projet d’expatriation?

Pour ma famille, la sécurité c’était d’avoir un travail salarié et de faire carrière dans une entreprise. Vivre en Asie, avec tous les dangers dont on entend parler (maladies, insécurité, terrorisme…) était aussi quelque chose de fou : mes parents étaient opposés. Pour le reste, j’étais célibataire sans enfant, donc rien ne me retenait vraiment ici.

Quels conseils donnerais-tu à ceux qui veulent se lancer dans une telle aventure ?

Votre entourage vous aime et veut ce qu’il y a de mieux pour vous, mais ils ne sont pas mieux placés que vous-même pour savoir ce qui vous rendra heureux. Considérez les conseils de ceux qui vous aiment, mais n’oubliez surtout pas d’écouter votre cœur au final.

Es-tu naturellement pessimiste ou optimiste ?

Un mélange des deux… En tant qu’ingénieur, il faut toujours prévoir pour le pire, mais il faut aussi avoir un grain de folie optimiste pour faire avancer les choses, et ne pas avoir peur de se casser la gueule. Sinon, on reste sur place.

Par quelles peurs as-tu été habité? Comment les as-tu surmontées ?

La peur d’être seul, d’arriver dans des pays dont je ne connaissais ni la langue ni la culture, et personne sur place. Cette peur se surmonte avec l’excitation de découvrir une nouvelle culture et de se faire de nouveaux amis.

Il y a aussi toujours la peur de se vautrer  professionnellement. En tant qu’entrepreneur, j’ai énormément de responsabilités, avec très peu de garanties pour me protéger (pas d’aide au chômage, pas de retraite, pas de sécurité sociale…). Pour surmonter ça, il faut faire preuve de stoïcisme, être sage et penser sur le long terme, maintenir une marge de manœuvre et mettre de l’argent de côté par exemple. Prévoir un plan B, en fait. Voire même un C et un D.

Quelles ont été les réactions de ton entourage lorsque tu leur as annoncé ton départ définitif ?

Les réactions étaient négatives au début, car ce style de vie était assez méconnu à l’époque. Maintenant que j’ai adopté ce style de vie de façon fructueuse, que j’ai “fait mes preuves”, mon entourage n’en pense plus que du bien.

Qu’est-ce qui a changé en toi depuis ?

J’ai eu une enfance bridée par des parents trop protecteurs. A 18 ans, j’étais comme un poussin sans protection, lâché dans l’arène de la vie, et j’ai dû me construire par moi-même. Avec un peu de retard, j’ai finalement beaucoup grandi et muri, je me suis construit, je suis devenu indépendant et résiliant.

As-tu des regrets ? Qu’est-ce que tu changerais si c’était à refaire?

Pas de regret. Les mauvais moments m’ont aidé à me construire autant que les bons.

As-tu commis des erreurs ?

J’ai parfois fait confiance aux mauvaises personnes, et pas fait assez confiance aux bonnes. Ce sont des choses qui s’apprennent.

Comment envisages-tu ta vie dans 10 ans ?

Retraité! Réussir à gagner assez d’argent en 10 ans pour pouvoir arrêter de travailler, vivre mes passions, et faire de l’humanitaire.

As-tu été inspiré par des personnes? Des livres ? Des œuvres artistiques ?

Steve Jobs est une inspiration pour tout entrepreneur qui se respecte. Un livre qui m’a beaucoup encouragé à mettre mes projets en place à l’époque est le Four Hour Work Week de Tim Ferriss.

Quel est ton plus grand succès ?

Mon tout dernier business: un site de rencontres qui a déjà aidé des centaines de personnes à trouver l’amour.

Quel est ton plus grand échec ?

Mon précédent business, dans lequel je n’ai pas réussi à surmonter mes différends avec un de mes associés.

Quelle est ta définition du succès ? D’une vie réussie ? D’une vie pleine de sens ?

Je pense que chacun doit trouver son Dharma (son but dans la vie). Travailler 40h par semaine pendant 40 ans pour acheter ce que la société de consommation nous dit d’acheter pour être heureux, ce n’est pas un but. Quand on trouve son Dharma, quand on sait qu’on travaille à accomplir son but dans la vie, c’est une vie réussie, même si ça implique de vivre à contre-courant de la société.

Quels sacrifices as-tu du faire pour atteindre tes objectifs ?

Beaucoup voyager et beaucoup travailler implique de ne pas pouvoir maintenir toutes les amitiés que je souhaiterais. Cela suggère également d’être loin de sa famille.

Comment as-tu surmonté les difficultés matérielles et pratiques (budget, organisation dans le temps…) ?

Principalement en réduisant mes besoins et mes possessions, en vivant une vie simple. Je ne possède pratiquement rien, ma vie tient dans une valise de 20 kilos. Je ne regarde pas la télé, je ne joue pas aux jeux vidéo… J’essaye de concentrer au maximum mon temps, argent et énergie aux choses qui comptent.

Quelle est la citation ou le mantra qui te fait avancer ?

De nombreux entrepreneurs conseillent le livre ‘la semaine de 4 heures » de Tim Ferris. On vous en parle dans la partie livre.