Alice : de l’audit financier à l’humanitaire en passant par la micro finance,  parcours d’une reconversion

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Apres avoir dévoré des dizaines d’articles à propos de la reconversion professionnelle, j’ajoute ma pierre à l’édifice en espérant apporter des réponses concrètes à ceux qui envisagent l’associatif comme seconde carrière !

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En deux mots, je m’appelle Alice, j’ai 28 ans, après quelques aller retours en Asie, je vis actuellement à Paris !

Peux-tu nous parler de ton parcours ?

Bien sûr ! Etant un peu anxieuse de nature, j’ai réalisé tous mes choix d’orientation scolaire pour viser des secteurs qui ne seraient pas bouchés, avec des bons salaires à la clé et pas particulièrement touchés par le chômage. J’ai donc enchainé un BAC S, une prépa puis une école de commerce.

Re belote au moment de choisir les majeures de l’école, le marketing ne m’intéresse pas, je n’ai pas plus d’affinités que ça avec les chiffres par contre l’aspect humain des RH m’interpelle. Apres quelques cours, le côté juridique et administratif du secteur m’ennuie et je me décide pour la finance.

Puis vient la fin des études et la recherche du premier job, un de mes amis postule en audit, je pense que mon CV peut intéresser les grands cabinets : bingo, 8 mois avant d’être diplômée je signe mon premier CDI. Je suis soulagée de m’insérer aussi facilement dans la vie professionnelle, mais nullement emballée par le job qui m’attend.

Comment se passe ton entrée dans la vie active ?

Dès les premiers jours de formation, je sens que la passion ne sera jamais au rendez-vous, mais le très bon salaire, la boite prestigieuse, les séminaires sympas et la super bande de potes me font enchainer les premiers mois sans sourciller.

Puis vient le temps des évaluations, à faire un job qui ne m’intéresse pas on ne peut pas dire que je sois brillante !

Je m’épuiserai l’année suivante à essayer d’entrer dans un moule qui ne me correspond pas, à me mettre beaucoup de pression, je passe l’année à me plaindre, je ne me reconnais pas dans l’esprit d’entreprise du cabinet, je ne partage pas les mêmes valeurs, je m’ennuie à mourir et pire je ne fais rien de ce qui compte pour moi au quotidien (à part le management d’équipe).

Je rêve de démissionner, mais pour faire quoi ? 

Quelles sont les pistes de reconversion que tu as envisagées ?

J’ai pensé à tout et son contraire : secteur de l’édition, photographe, créatrice sur Etsy, menuiserie, psy,…

S’en suit une période de tâtonnement : ateliers, cours, expérimentation. Je réalise finalement que je m’éparpille sans ligne directrice, sans savoir ce que je veux vraiment. Il est en fait trop tôt pour parler de métier, il faut d’abord que je définisse de ce que je veux comme cadre et rythme de travail, quelles sont les valeurs que j’ai envie de pratiquer au quotidien, dans quel environnement je veux évoluer, etc etc…. en un mot trouver mon Pourquoi !

C’est au cours de cette période que je découvre le secteur de l’économie circulaire, du social business, de la micro finance. J’achète des livres, lis tout ce que je peux sur internet : c’est décidé, c’est ce que je veux faire !

@Alice : tu peux donner ta définition de l’économie circulaire, tout le monde ne connait pas !

Petite précision pour les novices ! Le social business (ou entreprise sociale) est une entreprise comme les autres, c’est-à-dire qu’elle ne dépend pas de financement extérieur, c’est une structure qui vend et qui fait du chiffre d’affaires. C’est une entreprise qui a pour objectif d’apporter une solution à une problématique sociétale en se fondant sur un modèle économique différent : vision long terme, tous les efforts ne sont pas fournis uniquement pour la maximisation du profit. Les bénéfices sont en partie dédiés et à la production d’avantages sociaux, la structure ne rémunère pas ses actionnaires, elle se contente juste de les rembourser à hauteur de leur investissement.   

L’économie circulaire est encore un concept différent ! Je reprends la définition du Ministère du développement durable qui est très claire : « c’est un concept économique qui s’inscrit dans le cadre du développement durable et dont l’objectif est de produire des biens et des services tout en limitant la consommation et le gaspillage des matières premières, de l’eau et des sources d’énergie. »

C’est un secteur que l’on sait un peu bouché, quelle était ta stratégie pour le rejoindre ?

A l’époque je suis les sites dédiés à l’emploi en microfinance, j’enchaine les candidatures spontanées, je vais a des conférences, je parle aux intervenants et leur fait passer mon CV ensuite, je suis les entreprises qui me plaisent sur linkedin et je regarde si j’ai des connaissances qui y travaillent, je rencontre des gens du secteur, j’en parle autour de moi pour trouver des contacts, une amie qui travaille déjà dans le milieu fait passer mon CV, je prends du feedback à chaque refus, je cherche aussi des missions sur le terrain… et 8 mois plus tard : absolument rien !

Je comprends qu’il me manque cette fameuse expérience du « terrain » et me consacre à cette recherche qui n’est pas évidente, c’est difficile de juger à distance du sérieux des ONG locales et les internationales ne sont pas intéressées d’emblée par mon CV.

La situation se débloque finalement en quelques semaines, en contactant un ami d’amie, qui travaille dans ce secteur au Bangladesh. De fil en aiguille, il se trouve que son ONG pourrait avoir des besoins en audit, que je suis disponible quasi immédiatement en prenant quelques mois sabbatiques ! Premier contact fin janvier, en avril je suis dans l’avion !

Peux-tu nous parler de tes missions terrain ?

Pendant 6 mois je pars m’occuper de mettre en place un système d’audit interne pour l’activité microfinance de l’ONG (qui ne sera jamais vraiment mis en place à ma connaissance) et filer un coup de main sur la gestion de centres d’apprentissage pour former les femmes au métier du tissage. Professionnellement je n’ai pas appris autant que j’imaginais mais humainement cela a dépassé toutes mes attentes.

J’ai bien vadrouillé, fait de super rencontres, j’ai découvert des structures locales et internationales qui faisaient un super boulot, rencontré les bénéficiaires finaux, saisi l’impact de l’ONG sur leur quotidien, en un mot je suis tombée amoureuse du pays ! J’ai également découvert un envers du décor pas toujours très reluisant. L’intérêt pour le secteur l’emporte et je décide de réitérer l’expérience.

La fin des 6 mois approchant, mon copain a trouvé un VIE en Inde, j’ai démissionné dans l’idée de chercher sur place, toujours en microfinance. J’ai mis plus de temps prévu, essentiellement à cause de problème de visa travail. Je rejoins une organisation qui finance des instituts de micro finance, mon rôle est de mettre en place un système d’audit afin de s’assurer que les organisations à qui nous prêtons des fonds respectent leur engagement et les faire monter en compétence en ce qui concerne l’audit interne et la lutte contre la fraude.

Encore une fois super expérience humaine, un peu moins professionnelle : ça n’avance pas autant que j’aimerais, j’ai des problèmes administratifs à cause de mon visa  et il y a une barrière de la langue difficile à franchir avec les bénéficiaires. Mes collègues sont géniaux, on échange beaucoup, ils m’apprennent énormément sur le pays, la culture, la religion hindoue, le système de castes, nous voyageons quasiment tous les weekends. Je rejoins également l’alliance française, je m’occupe de la communication et de la vie culturelle ! Je gère les réseaux sociaux, crée les supports de com, organise les évènements de l’alliance.

Je tombe à nouveau amoureuse de mon pays d’adoption ! Je prends le temps d’écrire un blog sur notre vie la bas, je commence la méditation, continue le yoga, prends le temps de lire de nombreux livres de développement personnel, je contacte une coach en orientation pour faire le point. Une période riche à de nombreux niveaux.

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Est-ce que ce changement a été facile ?

Oui et non (de rien pour la réponse de Normand !). Oui parce que j’avais tellement envie de partir, que j’ai toujours dis oui en ne connaissant rien ou pas grand-chose aux pays, sans savoir le contenu de ma mission.. C’était devenu une urgence, la concrétisation de presque 1 an de recherche !

Je dirai que c’est la phase du choix de secteur qui a été difficile : comment savoir si je prenais la bonne décision ? Que faire ensuite si cette expérience n’était pas concluante ? Je devais vivre 6 mois sur mes économies, cela en valait-il la peine ? Comment me re intégrer à la vie à paris ensuite ?

Et puis finalement, j’ai compris qu’il n’y avait pas de bonnes décisions, il faut se lancer, expérimenter, et quoiqu’il arrive profiter et tirer des leçons pour la suite ! Au fond à part les problèmes de sante, rien n’est vraiment grave.

Et maintenant de retour à Paris, que fais-tu ?!

1 an après nous sommes de retour en France et je mets 2 semaines à trouver mon job actuel, audit interne dans une ONG humanitaire d’urgence. Je fais le lien avec les auditeurs externes et le terrain, je fais des missions d’audit interne de nos missions (je vous écris en ce moment du Myanmar !) et je me forme à l’équivalent de contrôle de gestion au niveau terrain.

Même si mon expérience terrain n’était pas dans le secteur de l’humanitaire, il m’aura fallu deux semaines pour décrocher un CDI. Il y a évidemment un effet timing indéniable, j’étais là au bon endroit au bon moment, mais c’est l’expérience terrain qui a ensuite fait pencher la balance. J’ai à la fois un profil « terrain » et j’ai une solide expérience liée à mes années en cabinet. 

Je ne vais pas vous dire que tout est rose, il y a certains aspects moins marrants que d’autres dans ce nouveau boulot, par contre je ne me pose jamais la question de la finalité de ce que je fais.

Je suis entourée de collègues pour qui l’engagement et la solidarité sont des valeurs essentielles. La bienveillance est présente à tous les niveaux de management, adieu les demandes le vendredi à 20h, le management par la pression constante, les RH qui ont oubliées le mot humain.

Nous parlons de bénéficiaires et non pas de clients, de budgets octroyés par les bailleurs et non pas de chiffre d’affaires. Ce n’est pas le monde des bisounours non plus je rejoins une équipe très pro, nous avons des évaluations et des objectifs annuels, des comptes à rendre aux bailleurs, des coups de rush, des désillusions, mais l’ambiance de travail et le sens indéniable de ce pourquoi nous travaillons modifie complètement la perspective !

Tu tiens également un site l’Inspiration engagée, peux-tu nous en dire quelques mots ?

Avec plaisir, c’est un site pour changer le monde depuis son canap, rien que ça !

Ma grande motivation est de rendre le pouvoir aux citoyens/habitants de cette planète que nous sommes : n’attendons pas de voter pour exprimer nos valeurs et opinions mais pratiquons les au quotidien à travers plein de petits pas ! A travers des applis, des lectures, des conseils zéro déchet, des films, j’essaye d’inspirer mes lecteurs pour leur donner envie de s’engager au sens large pour la société dont ils rêvent ! Comme le dit Anne Lappe : « chaque fois que vous dépensez de l’argent vous votez pour le type de monde que vous voulez ».

Par ailleurs, j’ai développé depuis quelques années un côté écolo assez prononcé et je suis toujours en train de chercher comment diminuer mon impact que ce soit en termes de production de déchets, de consommation de plastique, des conséquences de ma consommation sur toute la chaine de production, sur l’environnement.

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Je comprends que tout le monde n’est pas prêt à installer un lombri compost dans son salon, ni de s’enchainer à des trains d’uranium sur son temps libre ! Mais chacun à notre niveau une multitude de petites actions peuvent être facilement mises en place. Et comme les petits ruisseaux font les grandes rivières, je m’efforce d’alimenter les ruisseaux !

De plus en plus de copines me demandaient des conseils ou de partager mes astuces, j’ai donc décidé de passer à la vitesse supérieure en créant ce site !

Du monde de la finance à celui de l’humanitaire avec cette notion fondamentale de sens : merci Alice pour ton témoignage !

Vous pouvez retrouver Alice sur son site : https://inspirationengagee.com/ ou sur Facebook : Inspiration engagée ou encore sur twitter @darcqalice !

Alice fait partie de la team rédactionnelle de l’Optimisme : vous pouvez découvrir ses articles orientés green au sens large sur l’Optimisme et découvrir son portrait dans la page Equipe ou en cliquant ici !