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Eclaircissements sur l’égoïsme — Par le moine bouddhiste Matthieu Ricard

égoïsme

Voici un extrait du livre « Plaidoyer pour l’altruisme » du Moine Bouddhiste Matthieu Ricard, qui depuis plus de 20 ans voue sa vie à la recherche du bonheur.

La recherche du bonheur égoïste semble vouée à l’échec pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, du point de vue de l’expérience personnelle, l’égoïsme, naît du sentiment exacerbé de l’importance de soi, s’avère être perpétuelle source de tourments. l’égocentrisme multiplie nos espoirs et nos craintes et nourri les ruminations de ce qui nous affecte.

L’obsession du moi nous conduit à magnifier l’impact du moindre événement sur notre bien être, à regarder le monde dans un miroir déformé. Nous projetons sur ceux qui nous entoure des jugements et des valeurs fabriquées par notre confusion mentale. Ces projections constantes nous rendent non seulement misérables, mais aussi vulnérables à toutes les perturbations extérieures et à nos propres automatismes de pensées, qui entretiennent en nous une sensation de malaise permanent.

L’étroitesse de notre monde intérieur fait qu’en rebondissant sans cesse sur les parois de cette bulle, nos états d’esprit et nos émotions s’amplifient de manière disproportionnée et envahissante.
La moindre joie devient euphorie, le succès nourrit la vanité, l’affection se fige en attachement, l’échec nous plonge dans la dépression, les déplaisirs nous irritent et nous rendent agressifs.

Nous manquons de ressources intérieures nécessaires pour gérer les hauts et les bas de l’existence.
Ce monde de l’égo est comme un petit verre d’eau : quelques pincées de sel suffisent à le rendre imbuvable. A l’inverse, celui qui a fait éclater la bulle de l’égo est comparable à un grand lac : une poignée de sel ne change rien à sa saveur.
Par essence, l’égoïsme ne fait que des perdants : il nous rend malheureux, et nous faisons à notre tour le malheur de ceux qui nous entoure.

La deuxième raison tient au fait que l’égoïsme est fondamentalement en contradiction avec la réalité. Il repose sur un postulat erroné, selon lequel les individus sont entités isolés, indépendantes les unes des autres.

L’égoïste espère construire son bonheur personnel dans la bulle de son égo.

Il se dit en substance : “ A chacun de construire son propre bonheur, je m’occupe du mien, occupez-vous du votre. Je n’ai rien contre votre bonheur mais ce n’est pas mon affaire.” Le problème est que la réalité est tout autre.

Nous ne sommes pas des entités autonomes et notre bonheur ne peut se construire qu’avec le concours des autres. Même si nous avons l’impression d’être le centre du monde, ce monde reste celui des autres.

L’égoïsme ne peut donc être considéré comme une façon efficace de s’aimer soi-même, puisqu’il est la cause première de notre mal-être. Il constitue une tentative particulièrement maladroite d’assurer son propre bonheur.

Le psychologue Erich Fromm rejoignant la pensée bouddhiste, éclaire ainsi ce comportement :

L’égoïsme et l’amour de soi, loin d’être identiques sont en fait deux attitudes opposées.

L’égoïste ne s’aime pas trop, mais trop peu; en fait, il se hait.

L’égoïste est un être qui ne fait rien de censé pour être heureux. Il se hait parce que sans le savoir, il fait tout ce qu’il faut pour se rendre malheureux et cet échec permanent provoque une frustration et une rage intérieure qu’il retourne contre lui et contre le monde extérieur.

Si l’égocentrisme est une constante source de tourment, il en va tout autrement de l’altruisme et de la compassion. Sur le plan de l’expérience vécue l’amour altruiste s’accompagne d’un profond sentiment de plénitude, et, comme nous le verrons par ailleurs, c’est aussi l’état d’esprit qui déclenche l’activation la plus importante des aires cérébrales associées aux émotions positives.

De plus, l’altruisme est en adéquation avec la réalité de ce que nous sommes et de qui nous entoure. A savoir le fait, que tout est foncièrement interdépendant.

La perception habituelle de notre vie quotidienne peut nous porter à croire que les choses ont une réalité objective et indépendante, mais, en fait, elle n’existe qu’en dépendance d’autre chose. La compréhension de cette interdépendance universelle est la source même de l’altruisme le plus profond. En comprenant à quelle point notre existence physique,notre survie, notre confort, notre santé ect… dépendent des autres et de ce que nous fournit le monde extérieur — remèdes, nourritures…. — il devient facile de nous mettre à leur place, de vouloir leur bonheur, de respecter leur aspirations, et de nous sentir intimement concernés par l’accomplissement de ces aspirations.

La supériorité de l’altruisme sur l‘égoïsme, ne repose donc pas seulement sur des valeurs morales, mais aussi sur le bon sens et sur une juste perception de la réalité.

“Plaidoyer pour l’altruisme” — Matthieu Ricard

Nous vous encourageons à poursuivre ce débat via ce lien : matthieuricard.org/books/plaidoyerpour-l-altruisme

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