Jacques Lecomte : « Le monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez ! »

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Dans son dernier livre, Le monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez !, Jacques Lecomte nous invite à voir le verre à moitié plein et à opter pour « l’opti-réalisme ». Pas un optimisme béat, mais un optimisme de l’engagement et de l’action. Forcément, on a voulu en savoir plus ! Nous l’avons rencontré pour vous.

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Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Parmi d’autres activités, je suis l’auteur de plusieurs essais, dont La bonté humaine. J’ai coordonné un ouvrage d’introduction à la psychologie positive et je m’intéresse depuis de nombreuses années à la notion de résilience. Président d’honneur de l’Association française de psychologie positive, j’ai aussi consacré un ouvrage récent aux entreprises humanistes.

Comment est né votre dernier livre, Le monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez ! ?

L’année 2015 a été charnière en France, et les vagues d’attentats ont été ressenties très durement. J’entendais beaucoup de gens dire « Vivement 2016 ». Je me suis demandé si la France et le monde allaient si mal que ça. Au même moment, l’Organisation des Nations Unies a publié son bilan des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Adoptés en 2000, ils visaient à améliorer la vie humaine dans toutes ses dimensions (santé, éducation, démocratie…).

Contrairement à de nombreux articles qui pointaient leurs insuffisances, j’ai découvert plein de résultats encourageants : une dynamique très forte de réduction de la mortalité infantile, de l’épidémie de sida… En 25 ans, deux milliards de personnes sont sorties de la faim, un milliard de la grande pauvreté. 2015 était plutôt une belle année, qui clôturait deux décennies de progrès.

Quand j’en parlais autour de moi, je ne trouvais pas beaucoup d’écho. Et j’ai fait ce que j’aime faire : j’ai écrit le livre que j’aurais aimé lire ! Ma curiosité s’était transformée en désir d’écrire : pas seulement pour donner les bons résultats, mais aussi pour expliquer le processus d’amélioration. J’en ai parlé à mon éditrice, aux Arènes, et nous étions partis pour cette aventure. Un gros travail de lecture, de vérification des sources, de mise en forme, et vous tenez le résultat entre vos mains !

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Quel est le message central que vous souhaitez porter ?

Il est triple. Le premier, c’est le titre : « le monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez ! » Je présente de nombreux faits qui soutiennent cette affirmation, dans de nombreux domaines (santé, éducation, démocratie, environnement…). Juste quelques exemples : d’ici 2050, la couche d’ozone sera reconstituée si l’on continue sur la lancée actuelle. Pareil pour la famine, qui pourrait être éradiquée d’ici 2030 si on continue de fournir les efforts nécessaires. La criminalité a beaucoup baissé, notamment en France. En Ile-de-France, cette forme de violence a été divisée par trois en 20 ans !

Deux raisons principales expliquent ces améliorations. L’interdépendance, d’abord.

 

 

C’est ce qui s’est passé notamment pour limiter la dégradation de la couche d’ozone : fonctionnaires internationaux, scientifiques, militants écologistes et industriels ont fini par trouver un terrain d’entente qui a profité à l’environnement. L’autre facteur clé de l’amélioration de la vie humaine, ce sont les belles réalisations de l’action communautaire. On a fait de gros progrès grâce à tous les agents, souvent des femmes, qui ont réussi à réunir les communautés, transmettre les savoirs, comme les mesures d’hygiène, par exemple. J’espère d’ailleurs que les Objectifs de développement durable (ODD) qui ont pris la suite des OMD vont permettre de creuses ces deux pistes.

Mon deuxième message, c’est que « le monde ne va pas encore bien et qu’il pourrait donc s’améliorer ». Je termine chaque chapitre en rappelant que la prudence reste de mise. Il ne s’agit pas de dire que tout va bien, mais que le monde peut encore aller mieux. Enfin, j’essaie de montrer qu’on peut tirer profit de ces expériences d’amélioration pour les multiplier.

Quelle est la ligne directrice entre vos travaux précédents et cet ouvrage ?

J’ai fait une thèse de psychologie mais je me suis toujours intéressé à la transformation du monde. Les psychologues devraient d’ailleurs plus souvent s’y plonger, comme les militants de tous les mouvements sociaux devraient aussi se plonger dans la psychologie individuelle !

Je cherche à comprendre les interactions fondamentales entre les transformations personnelles et les transformations sociales. Il faut réussir à créer une spirale vertueuse, où l’on parvient à changer et le monde et soi-même.

De nombreux auteurs m’inspirent depuis de nombreuses années : Edgar Morin, Michel Serres, Yann Arthus-Bertrand, et bien d’autres encore.

Vous avez développé le concept d’ « opti-réalisme ». Qu’entendez-vous par là ?

C’est l’association de l’optimisme et du réalisme. Les gens pensent souvent que les pessimistes sont des réalistes. Ce sont juste des… pessimistes ! Je ne donne en aucun cas une méthode ou une stratégie. Je ne défends pas un optimisme béat, mais un optimisme de l’action et de l’engagement, qui donne de l’espoir pour demain et l’envie d’agir. Je pense que le monde pourrait aller mieux si chacun se retroussait les manches et se bougeait là où il est, contre le mythe qui consiste à dire que seuls les dirigeants peuvent agir. J’aimerais que chacun se pose la question : 

 

Et votre optimisme à vous, il vient d’où ?

Ma vision optimiste vient de ma propre histoire. J’ai écrit récemment un billet sur mon blog pour revenir sur quelques éléments biographiques parce qu’on me reprochait une vision naïve de l’existence…

J’y rappelle notamment que j’ai eu une enfance fracassée, avec un père violent et une mère ravagée par la maladie et le désespoir. Je suis ensuite devenu un jeune violent et en échec scolaire massif. Puis ma vie a radicalement changé à partir de l’âge de 18 ans. J’ai expérimenté ce que pouvait bien vouloir dire « être résilient » : du pire peut venir le meilleur, en sachant le transformer. Les résilients ne sont pas des héros. Ils ont « juste » eu la chance de rencontrer des gens bienveillants qui les ont aidés à se reconstruire et aller de l’avant.

L’opti-réalisme dont je viens de vous parler, j’essaie depuis de nombreuses années de l’appliquer dans ma vie. Je considère que j’ai une mission dans le monde : apporter un message d’espoir, notamment à travers mes livres et mes conférences.

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Votre essai précédent était consacré aux entreprises humanistes. Pensez-vous qu’elles puissent aussi changer le monde ?

Oui, c’était d’ailleurs le sous-titre du livre ! Certaines entreprises ont des convictions humaines profondément ancrées, comme Armor ou Sagarmatha. Elles ont des effets à plusieurs niveaux : elles améliorent, en interne, les conditions de travail des salariés, mais elles ont aussi des impacts externes, sur la société et l’environnement. Tout en étant des entreprises « normales », c’est-à-dire profitables, elles aident les autres entreprises à améliorer leur impact.

Plus globalement, je soulève dans ce livre la question de la finalité des entreprises. Leur performance ne se résume pas selon moi à leur seule réussite économique mais se mesure aussi à la manière dont elles créent de la valeur d’un point de vue social et environnemental, pour contribuer au bien commun. La rentabilité n’est qu’un des moyens d’atteindre ces objectifs de durabilité et de responsabilité sociétale et environnementale.

Pour conclure, partageriez-vous quelques-unes de vos sources d’inspiration ?  

Un livre ? Les Evangiles. Je ne cache pas que je suis chrétien, et je puise dans les écritures ma vision du monde.

Un discours inspirant ? I have a dream, de Martin Luther King. Toujours une ressource précieuse.

Un film ? Un monde meilleur, de Mimi Leder.

Une citation ? Allez, deux ! De Nelson Mandela.

Mandela est un pianiste à sa manière : il a compris que pour qu’il y ait de l’harmonie, il faut associer le noir et le blanc. Une autre, enfin, tirée d’Un long chemin vers la liberté. « La bonté de l’homme est une flamme qu’on peut cacher mais qu’on ne peut jamais éteindre. » J’assume d’être un idéaliste : je crois qu’un idéal de paix et d’amour est possible et je veux faire tout ce qui est en mon modeste pouvoir pour que ce monde arrive.

*Jacques Lecomte, Le monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez !, Les Arènes, 2017

 

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flora-clodicFlora Clodic-Tanguy, Slasheuse heureuse, j’ai fait le choix du journalisme positif. Mon bouillon de culture: des nouveaux médias optimistes et tournés vers l’avenir; des initiatives d’innovation démocratique, sociale ou écologique ; des entrepreneurs inspirants. Twitter @FloraClodic

 

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Un grand merci à YAK de nous avoir prêté son pinceau et donné l’opportunité à Elyx d’illustrer cette interview !