Laure, quitter un CDI pour devenir web-nomade

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Les web-nomades, vous connaissez ?

Les web-nomades, ce sont ces entrepreneurs dont le métier permet de travailler de n’importe où dans le monde. Tout ce dont ils ont besoin : 2 valises, un ordinateur et une connexion WIFI.

Quand on lui a dit que son parcours pouvait inspirer, Laure nous a répondu “mais…. je ne suis pas une optimiste moi !”. Pourtant cela pourrait bien vous donner des idées ! D’un poste de cadre dans une multinationale américaine à indépendante, Laure a opéré un changement de vie à 180 degrès.

Vous n’êtes pas la personne la plus optimiste du monde ? Ce n’est pas un frein au changement. Portrait.

Un début très international

C’est autour d’un café, chez elle, son ordinateur à portée de main que Laure se prête au jeu de l’interview. Sa valise est ouverte dans un coin du salon : demain elle part une semaine travailler depuis Barcelone.

Laure, peux tu nous parler de ton parcours ?

J’ai 35 ans. Petite j’ai eu la chance de voyager grâce à ma mère qui était professeur d’anglais et m’emmenait régulièrement dans des pays anglophones. J’y ai attrapé le virus des langues et des voyages. C’est donc naturellement que je me suis orientée vers une licence de LEA pour me spécialiser dans la traduction avec un master de traduction anglais-italien-français.

Tu avais donc l’envie de voyager ?

Oui, très clairement. Dès que j’ai pu vivre à l’étranger je l’ai fait. J’ai passé une année de Master en Eramus à Milan, puis j’ai été guide accompagnatrice de groupes en Sicile. Mon but était de voyager et de parler des langues différentes. J’arrivais même à le faire avec mes jobs étudiants ! J’ai travaillé dans un bureau de change sur les Champs Elysées, été responsable des offices du Tourisme de Roissy, etc.

Et ton premier “vrai job” ?

En Grèce, à Thessalonique. Mon premier CDI en tant que traductrice. Je travaillais alors pour un tour opérator et perfectionnais ainsi mon Grec (que j’avais commencé à apprendre en France). J’étais complètement en phase avec mes aspirations de vie : travailler dans le domaine du tourisme et utiliser mes langues. Mais la crise arrivant, il était temps de rentrer. Je suis ainsi partie en Irlande où j’ai facilement trouvé un poste dans une grosse société américaine, laquelle m’a offert un travail à Paris. Je suis rentrée.

Quitter un système ‘classique’

laure-web-nomadeA ton retour en France, tu reviens au système classique ?

Oui, les premières années je me laisse d’ailleurs happer par le système. Je suis cadre dans cette énorme société, je monte les échelons. Je suis chef de projet web. Mon job ne me déplaît pas en soi. Pourtant, j’ai l’impression de n’avoir aucun pouvoir décisionnel, d’être un pion parmi tant d’autres. Ces grandes multinationales ont toujours un côté très déshumanisé. Cela ne me convient plus et je m’en rends compte. Je mets un an et demi avant de sauter le pas et de démissionner.

Un élément déclencheur ?

Même pas. Juste cette impression d’être interchangeable. Et surtout l’envie de changer de ville, de vie, d’avoir du soleil. Je décide de partir à Barcelone. Tout mon entourage me dit que j’ai un boulot de rêve, que je dois me rendre compte de la chance que j’ai, que je dois y réfléchir à deux fois. La peur grandit !

Quelles sont à cette époque tes plus grandes craintes ? Tu sais que tu vas devenir Freelance et web-nomade ?

La peur de faire une bêtise et de ne pas pouvoir revenir en arrière si c’est une erreur. A ce moment là, je pense qu’être freelance pourrait être une solution. Mais j’ai fait un bilan de compétence qui m’indique que je suis sociable et que travailler seule n’est pas une solution.

Comment deviens-tu web-nomade ?

Mon ancienne société me propose de travailler de chez moi, j’aime l’expérience et sais que je peux le faire.  En arrivant à Barcelone je commence à chercher un job et cette solution apparait comme une alternative. Je rejoins en freelance l’équipe de traducteurs d’un ami.

Web-nomade,  ce nouveau mode de vie

Concrètement, quels sont les principaux avantages que tu vois à ce style de vie ?

Pouvoir acheter un billet d’avion hors saison, faire des activités hors heure de pointe, échapper au métro bondé… quand on a vécu le métro-boulot-dodo, cela semble un luxe.

Le revers de la médaille ?

Impossible de vivre sans son agenda et obligation de savoir anticiper.  Je dois savoir où je pourrai avoir Internet pour honorer mes commandes : que ce soit dans un café, chez un ami, dans un aéroport, cela demande une certaine organisation ! Je suis à la disposition de mes clients et mon téléphone est toujours à proximité pour pouvoir leur répondre.

Par ailleurs, les espaces de co-working sont chers à Paris. Du coup, ici, je co-worke avec des amis, eux-même entrepreneurs ou web-nomade !

Il y a d’autres points délicats : trouver soi- même ses clients, ne pas prendre de vraies vacances (car non je ne suis pas en vacances permanentes !) et gérer l’administratif. Plus de RH pour faire tous nos papiers, gérer les nouveaux statuts, etc…

Après 3 mois de réveils à 6 heures du matin suite à des crises de doutes, aujourd’hui je m’y retrouve pleinement et me vois difficilement salariée ! J’ai goûté à la liberté !

Les conseils

Des conseils à ceux qui ont envie de tenter l’aventure ?

Il faut bien savoir à quoi on renonce ! On se doit d’être autonome et discipliné. On devient son propre patron, on doit savoir s’organiser. Et surtout, il faut être polyvalent ! On est à la fois RH, commercial, traducteur, responsable administratif…

Devenir autonome m’a également demandé de travailler sur moi. Je me suis mise au Yoga et au sport. Le dos souffre de ne jamais être installé correctement. Et il ne faut pas oublier de s’oxygéner ! On a vite fait de passer une journée devant son ordinateur. Je me suis fixée de sortir 2 fois par jour.

Une citation inspirante ?

Une citation qui me parle beaucoup est celle d’Henry David Thoreau : “la vite est trop courte pour qu’on soit pressé“. Dans mon ancien job, on nous faisait clairement sentir que le temps était de l’argent. Je le rentabilisais, mais je me sentais sous pression non-stop. Alors oui, j’avais un bon salaire mais l’impression que ma vie m’échappait.

Un livre ?

Rien à voir avec mon expérience mais « La vie devant soi » de Romain Gary reste mon livre préféré.