Alexia Savey : son combat pour la résilience

Nous avons le plaisir de vous présenter Alexia Savey. Passionnée de philo, de littérature et de neuroscience, elle fait le Tour de France depuis janvier 2019 pour offrir un programme aux femmes « ayant eu un accident de vie » : Les parcours d’éclosion. Le but est de leur redonner confiance dans la vie. Elle revient sur son parcours : anorexie, hôpital psychiatrique, écriture et Présidente de l’association Keys. Elle nous parle aussi de son 2ème roman, sorti en juin. Une belle rencontre !

Bonjour Alexia, lorsqu’on t’écoute on a l’impression que tu as déjà vécu plusieurs vies à seulement 21 ans ! Peux-tu nous raconter ton parcours ?

J’ai un parcours de vie un peu chaotique. Mon papa est décédé quand je suis née. J’ai eu des épisodes très difficiles quand j’étais enfant. Après avoir déménagé à Paris, à l’âge de 12 ans, je suis tombée dans l’anorexie : un moyen de dire avec le corps ce que je n’arrivais pas à dire avec les mots. Quand l’infirmière scolaire a posé le diagnostic, c’était un électrochoc. Je n’avais aucun des symptômes de l’anorexie : je mangeais, je ne faisais pas de sport, je ne me faisais pas vomir…Je dis souvent : « J’ai été triste avant d’être maigre. » A 12 ans, je suis hospitalisée et je découvre le protocole médical pour trouble du comportement alimentaire.

Comment se passe ce séjour en hôpital psychiatrique ?

Je suis enfermée à l’hôpital, privée de tout : pas d’ordinateur ni de téléphone. Je passe avec les médecins un « contrat de poids ». A chaque fois que je reprends 3 kilos, j’ai droit à une récompense (recevoir une lettre de ma mère, par exemple). On m’a tout enlevé, je n’ai rien gardé.

Et ce séjour va t’emmener sur les voies de l’écriture…

J’arrive à négocier avec les médecins qu’on me laisse un Moleskine. Je me mets à écrire tous les jours car les journées sont longues. J’ai été hospitalisée pendant 4 mois et j’ai écrit tous les jours. C’est l’écriture qui m’a sauvée. Je suis heureuse d’avoir trouvé refuge dans l’écriture. Quand je sors de l’hôpital, je réécris mes textes à l’ordinateur. Je m’intéresse aux neurosciences, à la psychologie, au développement personnel car j’ai beaucoup de mal avec le discours que me tiennent les médecins.

De quel discours parles-tu ?

C’était le discours qu’on avait tenu à mon papa, quand on a décelé son lymphome : il était condamné ! Je n’ai jamais considéré l’anorexie comme une fatalité. J’avais du mal avec le « côté insoluble » de la maladie. Puisque les thérapies qu’on me proposait ne fonctionnaient pas sur moi, il a fallu que je me tourne vers autre chose et ce fut le développement personnel. Mettre une fourchette dans la bouche, ce n’était pas le problème. En revanche, l’estime et la confiance en moi, c’est ça dont j’avais besoin ! L’hôpital et les médecins n’avaient pas de traitement pour l’amour de soi.

Tu as alors créé ton propre « programme de résilience » si on peut l’appeler ainsi ?

Après 5 ans d’anorexie, j’ai lancé une campagne « à la recherche des papilles perdues ». J’ai fait une sorte de casting pour les cuisiniers, les chefs et les pâtissiers afin que je cuisine à leurs côtés et que je retrouve le plaisir de manger. J’ai sillonné les restaurants en France lors de ce « parcours gustatif » pour que manger redevienne un moment de partage et de convivialité.

Ton 1er livre est autobiographique et s’intitule « La faim du petit poids ». Dans quelles circonstances as-tu été publiée ?

Sur mon blog, j’écrivais tous les jours et je partageais les clefs que je trouvais pour aller mieux. J’ai créé une communauté digitale – Les brindilles. Des femmes de tous âges me lisaient, pas spécialement des jeunes. J’ai continué ma scolarité et au moment des épreuves anticipées du bac S, un éditeur (lecteur de mon blog) m’a contactée. Je n’ai jamais écrit dans l’optique de faire un livre. J’ai eu 20 à l’oral et à l’écrit de mathématiques : j’ai pris ça comme un signe d’approbation. J’ai commencé à écrire avec la perspective que ce livre soit un symbole de résilience. Il est sorti le jour de mes 18 ans.

Peux-tu nous parler de ton association « Keys » et des « Parcours d’éclosion » ?

Ma mission est d’accompagner les femmes qui ont été fragilisées par un accident de la vie, quel qu’il soit. Le marraine de l’association qui a été inaugurée fin 2017 est Marlène Schiappa. Mon concept est le « Parcours d’éclosion » : au sein d’une seule et même journée, des ateliers sont animées pour les femmes pour qu’elles se réconcilient avec elles-mêmes. Elles participent à des ateliers cuisine, yoga, image de soi, empowerment, massage, photo, sophrologie.. Le seul critère qui prime est celui de l’envie et du plaisir.

Aujourd’hui, tu fais le Tour de France des « Parcours d’éclosion »…

Grâce à un partenartiat avec le groupe Accord, j’organise ces journées dans différentes villes de France depuis janvier 2019. Nous avons déjà été présents dans 6 métropoles et à chaque fois, le but est d’inviter des experts locaux. J’essaie de prôner qu’il faut revenir à plus de partage et d’échanges dans la vie réelle. Il est très important pour moi d’être proactive et d’expérimenter. Conjointement, mon deuxième livre est sorti.

De quoi parle ton 2ème livre,  « Ellie Vermuse – L’éclosion » ?

Ellie est une jeune femme de 17 ans qui n’a pas confiance en elle. J’ai été inspirée par Boris Cyrulnik qui explique qu’on a tous une capacité de résilience et que pour la raviver on peut être amené à rencontrer des « tuteurs de résilience ». Ellie vient de perdre sa maman. Elle rencontre Madame Bertile (anagramme de « liberté »), sa professeure de philo qui va lui enseigner comment retrouver confiance en elle. C’est un 1er tome, orienté développement personnel.

Quelles personnes t’ont inspirée le long de ton parcours ?

Le roman philosophique, « Siddharta », écrit par Hermann Hesse, m’a beaucoup aidée. Je peux aussi citer « Lettre à un jeune poète » de Rainer Marie Rilke.

Une phrase optimiste que tu voudrais partager avec les lecteurs ?

Ce que je dis très souvent : « Et si on cessait de gaspiller notre énergie pour se détruire et qu’on commençait à l’utiliser pour se reconstruire. »

Vous pouvez retrouver le livre d’Alexia Savey sur la Fnac et la suivre sur Instagram.

D’autres témoignages de transformation ? Nous vous invitons à lire celui de Mademoiselle E. :”Maladie Mentale: j’ai pris d’autres chemins que ceux de la psychiatrie”.