Atika, experte en pédagogie pour enfants : sa mission de vie

Juriste, nounou et experte en pédagogie pour enfants, Atika est passée par de nombreuses étapes avant de réaliser sa mission de vie : apporter du bonheur et de la confiance aux enfants. Convaincue que chaque enfant possède un potentiel unique qu’il s’agit de révéler, Atika anime des ateliers philosophie et méditation. Rencontre incroyable avec cette femme courageuse et déterminée malgré les épreuves de la vie.

Atika, tu dis avoir eu la palette idéale de souffrances pour ressentir celles des autres… Que t’est-il arrivé?

J’ai vécu une grosse épreuve dans ma vie lorsque j’avais 15 ans, un camion m’a renversée. C’est la raison pour laquelle je suis encore vivante, vous comprendrez pourquoi. Suite à cet incident, je suis restée six jours dans le coma, j’ai fait une expérience de mort imminente, je me suis vu mourir. Je peux le raconter naturellement aujourd’hui, mais j’ai attendu 10 ans pour oser en parler, car j’avais peur d’être prise pour une folle. Durant ce chemin vers la mort, mon oncle m’est apparu, il avait disparu de ma vie lorsque j’avais 4 ans. J’ai senti qu’il me poussait à revenir sur Terre, une mission de vie m’attendait, sans que je sache en quoi elle consistait à l’époque.

Tu as eu un parcours très mouvementé… 

J’étais partie pour devenir avocate. Après avoir réalisé quelques stages, je me suis rendu compte que ce métier n’était pas fait pour moi. J’avais la sensation de ne pas pouvoir aider ceux qui en avaient besoin, et j’étais désespérée de voir tant de jeunes délinquants inconscients de leurs nombreux talents. Je voulais éviter que des jeunes prennent le chemin de la délinquance uniquement parce qu’ils ne savaient pas qu’ils pouvaient faire autrement.

Je suis ainsi devenue nounou pour me payer une formation en psychologie de l’enfant, et j’ai eu un véritable coup de cœur pour 2 jumeaux de 7 ans. Tout le monde les voyait identiques, je voyais exactement ce qui les distinguait. À la fin, je me suis retrouvée à garder des enfants de trois familles différentes. Avec eux, même les plus petits, je faisais de la méditation, leur apprenais à gérer leurs émotions, à mieux se connaître pour avoir conscience de leur potentiel. Ma méthode marchait et les parents voyaient les effets positifs. 

Cette période devait durer quelques semaines, je suis finalement restée nounou 14 ans. Plus les années passaient et plus je comprenais le comportement des enfants. J’ai alors découvert les intelligences multiples. Je m’occupais de six enfants : un vrai laboratoire ! Mais malheureusement, je n’avais pas le temps pour écrire toutes les connaissances que je développais, comme me l’avaient demandé les jumeaux devenus ados, afin d’aider encore plus d’enfants.

Miracle, tu t’es tordu la cheville…

Exactement ! (rires!) La vie est souvent plus forte que nous. Je me rends compte que toutes mes épreuves m’ont été bénéfiques.

Après m’être tordu la cheville, tout ce que j’avais dans la tête, j’ai enfin pu l’écrire puisque j’étais en arrêt pendant un mois. J’ai été chercher dans les neurosciences. J’ai ainsi créé deux approches différentes : une approche mentale (connaissance du fonctionnement du cerveau et du processus de la mémoire, des intelligences multiples…) et une approche émotionnelle (gestion des émotions, Communication Non Violente (CNV), confiance en soi et connaissance de soi…). 

Cette conscience de l’éducation, tu l’as eu très tôt ? 

Dès 8 ans, j’ai consigné dans un carnet ce que je n’aimais pas de l’éducation que je recevais, et j’ai noté ce qu’il fallait changer. Il faut dire que je n’étais pas heureuse car j’avais une mère maltraitante. Ma maman voulait un garçon, elle ne m’a jamais vraiment aimée. Très tôt, j’ai eu envie de mourir. Je demandais souvent à ma tante s’il était possible de mourir et de renaître dans un endroit différent. Ma nouvelle naissance, je l’ai vécue après mon coma. 

Comment fais-tu pour apprendre la philosophie à des enfants ?

Au tout début de l’atelier, je leur dis que je suis là uniquement pour les aider à se questionner et à trouver en eux les réponses. J’aime comprendre les rouages de nos émotions et de nos sentiments, de notre cerveau en général. J’aborde les termes du bonheur, de l’amour, de la liberté…

Les enfants sont des interlocuteurs valables. Je leur parle comme à des adultes, mais avec des mots plus simples.

Par exemple, le cerveau ne peut parfois pas distinguer un sourire vrai ou faux. Je leur dis : je suis triste donc je souris. Ces petites phrases les marquent et ils comprennent par eux-mêmes que toutes les émotions sont utiles.

Tu parles souvent des intelligences multiples, quelles sont-elles ? 

  • L’intelligence logico-mathématique: un besoin de manipuler les nombres et de résoudre des problèmes logiques. 
  • L’intelligence verbale : un besoin de nuance et de mots précis.
  • L’intelligence kinesthésique: un apprentissage des mathématiques en jouant à la balle par exemple.
  • L’intelligence visuelle : un besoin de réfléchir en images et en schémas.
  • L’intelligence musicale : un apprentissage avec la musique et le rythme.
  • L’intelligence naturaliste : un besoin de la nature pour apprendre (par exemple, mettre une petite plante sur une table) et d’analogie.
  • L’intelligence intra-personnelle : un besoin de sens, de connaître les objectifs dès le départ.
  • L’intelligence inter-personnelle : un apprentissage en transmettant (par exemple, une petite fille apprendra plus facilement sa leçon si elle la récite à ses nounours en se mettant dans le rôle d’une maîtresse).

Par tes ateliers, tu souhaites donner ou redonner confiance aux enfants et aux parents…

Effectivement, par mes coachings et ateliers, je souhaite que les enfants et les parents croient en eux, en leurs compétences. “Plutôt que de donner aux enfants le goût de la réussite, donnons-leur le goût et les moyens d’apprendre. La réussite viendra naturellement. », comme le dit Audrey Akoun.

J’ai mis 40 ans à prendre confiance en moi, je sais ce que c’est de ne pas avoir confiance en soi, je peux le détecter rapidement. Chaque personne a un talent, il est important de le déceler ! 

As-tu des conseils à donner pour les parents en terme d’éducation ?

Le premier serait d’assimiler cette notion : perdre du temps, c’est en gagner. Je pense que c’est le conseil qui a le plus aidé les parents dans mes accompagnements.

L’enfant doit savoir qu’il a un pouvoir sur ce qui lui arrive et qu’il peut trouver des outils pour apprendre à gérer ses émotions. Derrière chacune d’entre elles, il y a un besoin. On ne perd jamais de temps à travailler sur les émotions.

Le deuxième conseil serait de mettre le plus souvent des affichages dans la maison. Par exemple, dessiner une fleur pour représenter une horloge ! Il y a mille façons d’apprendre aux enfants !

Le troisième conseil que je donnerais, c’est de prendre en compte toutes les paroles et les actes des enfants. Tout ce que l’on dit et fait a un impact sur eux.

Les entreprises commencent-elles à s’intéresser à cette nouvelle vision de l’éducation ?

Oui, un peu ! Si l’employeur distingue l’intelligence spécifique d’un employé, alors il distinguera aussi ses talents. Chaque entreprise devrait connaître les huit intelligences multiples pour composer une équipe complète dans tous les domaines. Ainsi, chacun pourrait collaborer et apporter sa force.

Es-tu toujours positive dans tout ce que tu fais ?

Oui, j’essaye d’être optimiste et de me challenger en permanence. Je veux apporter aux enfants une vision positive de la vie et leur faire prendre conscience que l’on peut changer son regard sur celle-ci. Je suis positive maintenant car j’ai vécu des épreuves difficiles. 

Une citation qui t’inspire au quotidien ?

Nous avons choisi Atika pour intervenir lors de notre événement, le Vision Summit, le 22 mars 2019. Pour en savoir plus : http://vision-summit.eu/