Est-ce indécent de parler d’optimisme ?

paris

Il y a une semaine je rentrais à Paris pour me dédier à loptimisme.com… Il y a 2 jours, l’attentat du Bataclan. Frappée au cœur, des amis présents sur les lieux, comment faire face ? Comment oser parler d’optimisme ?

Attentat de Paris

Quelques mois que le site se construit à l’abri des regards. Avec plus d’une centaine d’articles rédigés, une bonne dizaine d’interviews en boîte, et quelques dizaines de personnes rencontrées, le site loptimisme.com “tourne”, pas encore parfaitement mais il va être temps d’annoncer son ouverture officielle. Je pose mes bagages à Paris le 11 novembre 2015 pour mener à bien ce projet.

13 novembre 2015. Ce vendredi soir j’ai décidé de travailler sur le site quand ma mère s’inquiète de ma géolocalisation. Curieux… Je découvre alors ce qu’il se passe à 20 minutes de chez moi. J’allume ma télévision et me voici happée par les témoignages des rescapés, par le fil de l’enquête policière. Le direct de la tragédie.

Un ami publie sur son Facebook le pire statut que j’ai eu à lire : « Décompte macabre : tout le monde est là ? », je n’arrive pas à m’arrêter de pleurer. Finalement c’est Facebook me demande si je suis en vie. Un ami bloqué en face du restaurant attaqué nous tient informé en direct sur ce même réseau.

Je pleure de tristesse mais aussi d’émotions. Je croule sous des témoignages d’amitié du monde entiers. De mon ex-collègue américaine, à des amis vivant à Tahiti ou en Australie. Le monde se réveille progressivement et s’inquiète pour moi, pour nous, les parisiens. Des connaissances oubliées. Dans la tristesse, les relations renaissent.

Attentat de Paris : le jour suivant

Ce samedi est glaçant. Je refuse de rester à la maison. La seule idée que j’ai est d’aller acheter une plante verte pour faire pousser quelque chose. Les rues sont littéralement vides. Le temps est suspendu. La peur semble avoir vaincue : chacun reste confiné chez soi.

Je passe devant mon ancien lycée “en raison des événements, le lycée est fermé pour une durée indéterminée“. En 30 ans, jamais je n’ai vu un tel mot sur la lourde porte donnant accès à la connaissance.

Je rentre pour continuer à regarder ma télé en boucle. Et moi, que puis-je faire ? Que dois-je faire ? Qu’il est difficile de se sentir impuissant.

Attentat de Paris : quelques jours plus tard

J’ai eu du mal à retourner à la vie réelle. J’ai sombré dans une sorte de voyeurisme sur Facebook, lisant les témoignages des proches, les poèmes de parisiens. J’ai pleuré. Beaucoup pleuré.

Avant de me réveiller. J’avais la chance de n’avoir aucun proche touché. C‘était donc à moi d’avancer. Je le pouvais. Pour ceux qui ne le pouvaient pas.

Ma famille et mes amis me répétaient « c’est justement maintenant que les gens ont besoin de voir qu’il se passe quand même de bonnes choses, continue le projet ».

Mais n’était-ce pas indécent de militer pour l’optimisme ? N’était-ce inhumain de parler de bonheur quand des familles ont perdu des proches ? N’était-ce pas trop tôt ? Devais-je reporter la publication du site à plus tard ?

Faire un choix

J’ai longuement hésité à reporter l’ouverture du site mais il est prêt. Non, nous ne nous arrêterons pas de vivre.

Non le monde ne tourne pas toujours rond, des événements tragiques se sont produits. Mais il faut construire. C’est aussi de notre responsabilité, nous les chanceux.

Demain a besoin d’optimisme pour se construire.