Corinne Zarzavatdjian « Un nom à coucher dehors ! » : « susciter des émotions chez les gens, c’est extraordinaire !»

L’équipe a eu le plaisir d’assister à la première de Corinne Zarzavatdjian au théâtre le Mélo d’Amélie, à Paris. Son spectacle « Un nom à coucher dehors ! » est une pépite d’humour et d’émotions. Ses anecdotes cocasses et hilarantes ne laisseront personne indifférent ! Nous avons été très touchés par sa générosité sur scène ! C’est avec bonheur que nous l’avons interviewée à la boutique de l’Optimisme pour qu’elle nous parle de son parcours et de son spectacle.

Bonjour Corinne ! Peux-tu te présenter à nos lecteurs et nous dire qui tu es en quelques mots ?

J’ai un parcours qui est fait de chemins de traverse. J’ai toujours voulu être comédienne depuis toute petite mais mes parents ne voulaient pas. J’ai fait plein de métiers différents, d’abord dans le textile ; puis j’ai fait une école de mode ; j’ai été créatrice de tissus… J’ai travaillé en freelance pour des marques de maillots de bain ; j’ai été gardienne de musée ; j’ai créé des salons à destination de la petite enfance et d’autres manifestations sur les nouvelles technologies. Il y a une quinzaine d’années, j’ai monté mon agence évènementielle…Tout en continuant à prendre des cours de théâtre dans des compagnies « amateurs ».

Comment t’es venu le « déclic » de faire du théâtre ?

Un beau matin j’ai pris une feuille et je me suis dit : mais qu’est-ce que je fais vraiment pour moi ? Je n’ai rien trouvé !  J’ai pensé qu’il était temps que je me fasse plaisir. J’ai repris des cours de théâtre car c’est ce qui me plaît. Je suis allée à l’école, j’ai pris des cours pendant plusieurs années. J’ai trouvé ma place : c’est sur scène !

Tu as écrit un spectacle autobiographique « Un nom à coucher dehors ». Que racontes-tu sur scène ?

C’est mon histoire, celle d’une française d’origine arménienne qui a un nom compliqué (ndlr : Zarzavatdjian) et qui va raconter ses péripéties, ses rencontres, son parcours de la naissance jusqu’au mariage…moment où l’on est sûre de changer de nom !

Quand tu es enfant, tu veux être comme tout le monde. J’en avais assez d’être toujours la dernière sur la liste, d’avoir un nom écorché ou moqué. Ensuite, tu te rends compte que ton nom c’est ce qui fait ton identité, ta force, ta singularité ! Le « nom » est un sujet qui parle à tout le monde. Pour moi, ça reste un atout même si ça peut paraître un handicap à l’école…Pendant le spectacle, il y a une scène où je demande à ma mère de changer de nom…Tout est vrai dans mon spectacle !

J’avais envie de raconter la vérité, de parler de ma culture, de ma différence et de mon histoire. Je voulais en parler autrement, avec le plus de sincérité possible. Et pour moi en parler autrement, c’est en parler à travers son nom car c’est ce qui nous présente aux autres et nous rattache à nos origines.

C’est aussi un spectacle sur l’autre, celui qui vient d’ailleurs, sur comment on perçoit les gens qui ont des noms compliqués car ça fait souvent peur…

Quel a été le déclencheur à l’écriture de ta pièce ?

J’avais à cœur de raconter cette histoire car mon nom a toujours été moqué, mal orthographié…Des souvenirs me sont revenus et j’ai pensé qu’il y avait de la matière à en faire quelque chose…Puis il y a environ un an et demi, j’ai reçu ce coup de fil de SFR et un conseiller me demande : « Vous êtes Madame Corinne ? » Corinne, c’est mon prénom. J’ai un nom ! Je ne veux pas qu’on m’appelle « Madame Corinne » ! Je lui ai répondu : « Je ne raccroche pas tant que vous n’avez pas prononcé mon nom correctement ! »

L’identité est quelque chose de très intime, c’est ce qu’on est au plus profond de soi. Pour moi, lorsqu’on fait une faute à un nom de famille, on touche à l’identité de la personne, à son histoire…

Tu es mise en scène par Thierry Beccaro. Quel souvenir gardes-tu de cette collaboration ?

C’est vraiment une collaboration extraordinaire et une belle rencontre ! C’est un garçon délicieux, très optimiste. Il m’a fait travailler la sincérité, l’authenticité… Il est curieux des autres ! Un jour, je l’attends devant le théâtre pour un filage, il arrive, il m’embrasse puis il salue tous les ouvriers qui travaillent sur la voirie : « Et bonjour ! Et comment allez-vous ? Et qu’est-ce que vous faîtes ? » Il a cette bienveillance naturelle.

Dans ton spectacle, tu nous emportes aussi dans l’univers culinaire arménien. Que représentent la cuisine et l’art de la table en Arménie ?

C’est la générosité ! Alexandre Dumas dit dans son livre – Voyage au Caucase – : « je n’ai jamais rencontré un peuple aussi généreux que les arméniens. » En Arménie, il y a un sens de l’hospitalité qui est incroyable ! La table est remplie, ça commence tôt et ça finit tard ! D’ailleurs, au bout de la 10ème répétition, Thierry (ndlr : Beccaro) m’a demandé d’arrêter de lui faire des goûters pantagruéliques. Depuis je fais le strict minimum mais c’est encore trop…L’Arménie est vraiment un pays qu’il faut aller visiter, il ne laisse pas insensible !

Quel est ton plus beau souvenir sur scène depuis le lancement de ton spectacle ?

Durant une des représentations, les gens ont commencé à rire et ils ne s’arrêtaient plus ! Je ne savais plus où j’étais…

Qu’apprécies-tu le plus dans ton métier de comédienne ?

Le partage ! Susciter des émotions chez les gens, c’est extraordinaire ! C’est ce qui me porte…De fait, il n’y a pas une grande différence entre écrire un livre de cuisine (ce que j’ai fait il y a deux ans) et jouer sur scène. Le point commun entre la cuisine et la scène c’est l’envie de partager des choses avec les gens ! Tous les samedis, j’ai l’impression de me mettre à nu sur scène…

Quel message souhaites-tu que les spectateurs retiennent à la fin de ton spectacle ?

De la fierté d’être ce qu’on est ! Ne pas oublier d’où l’on vient pour pouvoir aller de l’avant. Dans un nom, on retrouve tellement de choses : les gens qu’on a aimé et qui ne sont plus là, son identité, son histoire…Mon seule en scène c’est un voyage à travers une famille, un peuple, une histoire et un nom difficile à prononcer, à écrire mais qui résume tout ce qui construit notre vie, ses joies, ses peines et ses bonheurs ! « Un nom à coucher dehors » parfois, mais qu’on aime par dessus tout…dedans comme dehors !

C’est quoi l’optimisme pour toi ?

L’optimisme est une façon d’être. Tous les matins, je me dis qu’il faut sourire ! L’optimisme c’est percevoir les choses de manière positive et voir la vie du bon côté ! Mon spectacle, ça me rend optimiste !

Un mantra ou une phrase positive à partager ?

J’ai un rituel avant d’entrer sur scène. Je mets mon pouce sur mon pouls et je me dis : « je suis vivante ! »

Retrouvez Corinne Zarzavatdjian au théâtre le Mélo d’Amélie tous les samedis à 17h30 jusque fin décembre 2019.

Envie d’éveiller vos papilles gustatives à la cuisine arménienne ? Corinne Zarzavatdjian a aussi publié « Cuisine d’Arménie » (éditions Solar), un album de recettes rédigé avec son frère Richard.

Crédit photos: Denis Tribhou

Propos recueillis par Eva Mazur