[RECONFORTANT]: Les “coronalecteurs” lisent des textes aux personnes isolées

Avez-vous déjà entendu parler de la bibliothérapie ? Lire des textes pour apaiser l’esprit, créer un contact, faire voyager l’imaginaire, c’est ce que fait Hana pendant le confinement. Rencontre avec une lumineuse “coronalectrice”.

Bonjour Hana. Peux-tu expliquer ce qu’est un “coronalecteur”?

C’est inspiré d’une bibliothérapeute qui s’appelle Régine Detambel. La bibliothérapie c’est soigner par des livres. On ne se rend pas compte du potentiel thérapeutique que peut avoir un livre. Le but est de proposer des extraits qui peuvent faire écho à l’imaginaire des écoutants.

Les “coronalecteurs” proposent la lecture de textes à des personnes dans le besoin, plutôt isolées, souvent en manque de contact. On leur propose une lecture à voix haute des textes littéraires, puis d’échanger sur ce que cette lecture a pu susciter chez eux. La différence avec un livre audio est qu’il ne s’agit pas d’une simple lecture, mais aussi et surtout d’une relation qui se crée entre deux individus, avec un livre pour trait d’union.”

Pourquoi as-tu eu envie de devenir “coronalectrice” pendant le confinement?

Au départ, je voulais faire de l’écoute. Je suis bientôt psychologue et souhaitais apporter ma pierre à l’édifice. Il y a 2 ans, j’ai été initiée à la bibliothérapie par Régine Detambel. Lorsqu’elle a proposé cette initiative, j’ai rejoint son projet

Comment les textes sont-ils choisis ?

Chacun choisit à sa manière le texte. Personnellement, je choisis beaucoup de poèmes, des textes qui ont des images ou qui font voyager. Par exemple, dans “Pour faire le portrait d’un oiseau” de Jacques Prévert, on décrit longuement l’image d’un oiseau, auprès d’un arbre, dans un jardin. Ce sont des images simples qui restent en tête.

Tous les soirs, à 17h00, les bénévoles se réunissent pour partager leur expérience et les textes qui ont été inspirants auprès des écoutants.

Aussi, au fur et à mesure de la relation qui se tisse avec l’écoutant, on voit ce qui l’intéresse. J’ai un écoutant qui aime beaucoup les textes très réalistes comme Zola. Je n’en ai pas l’habitude mais je m’adapte en fonction de ses besoins et de ses désirs.

Qu’est-ce qui est le plus agréable pour toi dans cette démarche ?

Le livre est un prétexte. Ce qui est agréable, c’est que cela permet aux gens de parler et de déplacer leur attention sur autre chose que la réalité qu’ils vivent en ce moment. En écoute psychologique simple, on est beaucoup dans l’écoute de l’individu. La bibliothérapie est un prétexte à parler d’autre chose.

Ce qui est agréable aussi, c’est la relation qui se tisse. La littérature offre un voyage tant pour l’écoutant que pour le lecteur.

Quel est ton plus beau souvenir de “coronalectrice” ?

Un jour, je crois qu’une dame avait oublié son dentier et je ne comprenais pas du tout ce qu’elle me disait. J’avais l’impression qu’on ne parlait pas le même langage. Pourtant, on a vécu un vrai moment de communication autrement que par le langage. A chaque image évoquée au cours de la lecture, je laissais un silence et je pouvais entendre lorsque l’image provoquait un ressenti agréable chez elle. A la fin, lorsque je lui ai demandé: “Avec quelle image vous repartez aujourd’hui?” Elle m’a répondu: “un oiseau.”

Regardez le reportage du Huffpost sur les coronalecteurs

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En parlant de textes…

Nous vous invitons à lire les contributions de nos lecteurs pendant le confinement.

Propos recueillis par Eva Mazur.