Mademoiselle E. : « Maladie mentale: j’ai pris d’autres chemins que ceux de la psychiatrie ! »

Vous le savez, notre équipe de l’Optimisme a pour objectif de donner la parole à tous et de mettre en lumière ceux qui, par leur cheminement, cassent les codes et sortent des sentiers battus. Nous avons décidé de lancer une grande enquête car vous êtes nombreux à percevoir la vie de manière atypique et à ressentir des choses considérées comme « hors normes ».

Il y a quelques jours, une rencontre nous a fait réfléchir sur le sens de la « maladie mentale » au sein de notre société actuelle, nous avons ainsi décidé de lancer une grande enquête sans jugement. Nous avons interviewé Mademoiselle E. qui, suite aux avis des psychiatres, a préféré suivre une toute autre voie que celle de la psychiatrie. Rencontre. Première partie.

Bonjour Mademoiselle E. Peux-tu nous parler un peu de ta personnalité ?

Je suis de nature hypersensible, très curieuse et surtout, j’ai cette tendance à remettre en question l’existant. La réalité m’est toujours apparue totalement incohérente, comme si je percevais la « schizophrénie du monde » sans pouvoir vraiment l’expliquer. Je me suis souvent dit qu’il y avait plus à la Vie que ce qu’on voulait bien nous faire croire. J’avais soif d’Amour et de Liberté. J’ai une vie intérieure très riche, très poétique et imaginaire mais je me suis toujours refusée de l’exprimer car je ne m’en donnais pas le droit… Et je pense que c’est cette tension intérieure, entre un profond désir de liberté et un monde extérieur illogique à mes yeux, qui m’a conduite à perdre la connexion avec la réalité, il y a 6 ans.

Que s’est-il passé exactement ?

Un soir, en rentrant du travail, en l’espace d’une fraction de seconde, il y eut à l’intérieur de moi un renversement radical dans mes perceptions. Je me suis mise à voir une réalité totalement différente de ce que je connaissais jusqu’ici dans ma vie. 

A partir de ce moment, je vais avoir des sensations nouvelles qui vont se traduire dans mon corps, dans ma manière de ressentir physiquement les choses… Et cela se manifeste également par des visions ainsi que des messages qui vont m’arriver sous la forme d’intuitions ou de voix mais que je vais considérer comme ayant une origine extérieure à moi.

Tu parles de sensations nouvelles, de voix et de visions… Que perçois-tu ?

Ce que je perçois est que nous avons tous un potentiel illimité, un pouvoir créateur inexploité, comme un réservoir de ressources universelles auquel nous avons accès mais qui est caché par les filtres que nous nous mettons et créent nos croyances limitantes. Ce que je ressens d’abord c’est un amour qui n’est pas humain mais inconditionnel, une connexion entre toutes les choses, les êtres humains, les animaux, les végétaux, je ne perçois plus la séparation entre moi et les autres…Je vis des moments de grâce et une véritable communion avec l’Existence, avec la sensation d’appartenir à un Tout ! La première partie de cette expérience est donc très positive…

Comment se passe la suite de cette expérience ?

Je ne le sais pas encore à l’époque mais il s’agit d’un voyage dans les profondeurs de l’âme et je ne suis qu’une jeune touriste. Je ne sais pas me diriger dans cet autre espace de moi-même car rien dans notre société occidentale ne nous permet réellement de nous préparer à un tel voyage. Du coup, je vais aller sur des territoires inconnus et dangereux à l’intérieur de moi-même. Quelques jours après cette « explosion intérieure », je vis l’exact opposé de toute la beauté que je viens de voir sur notre nature profonde. Les perceptions, les visions, les voix vont se transformer en quelque chose de très négatif et de terrifiant jusqu’à un chaos intérieur et une perte de connexion avec le monde réel. Comme si ma personnalité avait volé en éclat…

Comment la psychiatrie considère-t-elle ce que tu vis ?

Pour la psychiatrie occidentale, ce que je vis s’appelle une « bouffée délirante aiguë » soit un trouble psychotique. Le caractère soudain de tels phénomènes est très impressionnant. Je ne vais pas être internée car je suis à l’époque entre deux pays. Ces circonstances particulières vont faire que je vais devoir vivre et affronter mes fantômes intérieurs par moi-même… Ceci dit, il est important de rappeler que mon chemin est un chemin parmi d’autres et la psychiatrie peut être un passage nécessaire et salvateur pour certaines personnes vivant des phénomènes similaires. Je ne suis pas anti-psychiatrie…

Tu rencontres quand même des psychiatres ? Tu n’en trouves pas un pour t’aider ?

Oui, je vais en consulter pas mal ces dernières années mais je n’irai jamais plus loin d’une ou deux consultations maximums. Aucune alliance thérapeutique ne se crée avec eux. La raison est simple : je suis dans une détresse profonde et je ne trouve pas la compassion, l’empathie, la bienveillance et l’humour (il faut une sacrée dose d’humour pour parler à ses monstres intérieurs) dont j’ai besoin.

Pour vaincre la Mort, il faut de la Vie! Les psychiatres que je rencontre ne me font pas ressentir cet éclat de vie. Au contraire, je les trouve froids et distants. Surtout, ils vont essayer de me mettre dans des cases : borderline, schizophrénie, psychoseLeurs mots, leurs diagnostics, leurs avis vont me faire plus de mal que de bien. Je vais même développer des symptômes que je n’avais pas après certaines consultations…D’autres personnes ont sans doute de très bonnes expériences avec les professionnels, ce ne fut pas mon cas…

Comment vas-tu faire pour intégrer et te rétablir de cette expérience ?

Je me détourne de la psychiatrie et de la France ! Je comprends que si je reste, je risque l’hôpital et sûrement la camisole chimique. Les perceptions que j’aies sont considérées comme une maladie mentale et de la folie. Or, mes visions, ce que disent les voix me parlent de nous, des êtres humains, de notre essence ! Il n’y a rien de plus humain que ce que je vis…J’apprends à naviguer dans ces espaces par moi-même…Je ne vais jamais prendre de médicament. Je sens que je dois vivre cette expérience dans toutes ses facettes. Un jour, je lâche totalement prise sur ces phénomènes, dans un dernier élan d’espoir. A ce moment-là j’entends, à l’intérieur de moi, à côté des voix menaçantes, des voix bénéfiques, généreuses qui me veulent du bien…C’est ce qui va sauver ma Vie.

Et que te disent-elles ces voix positives ?

Elles me montrent la voie du rétablissement. Jour après jour, elles m’enseignent à me sortir de l’obscurité avec des moyens très concrets et très pragmatiques. Premièrement, elles m’apprennent à visualiser pour me protéger de ces négativités qui m’envahissent sous la forme de visions, de pensées compulsives ou de voix. Les voix positives m’aident à me reconnecter à mon corps, à pratiquer la compassion, à pardonner, à me mettre à l’écoute active des autres, à contempler, à créer…Je me suis formée à l’énergétique, à la psychologie positive, au mindfulness…

Et aujourd’hui, comment te sens-tu?

Je me sens comme un petit bébé qui doit tout réapprendre car une chose est certaine : cette expérience m’a montré l’étendue de mon ignorance.

Aujourd’hui je le pense : la souffrance psychique que j’ai vécue m’a ouvert le chemin vers une meilleure connaissance de moi-même et des autres ainsi que vers la spiritualité. Si pour les psychiatriques, je me situe sur le “spectre de la schizophrénie”; pour les chamans, ces phénomènes sont des manifestations d’esprits d’autres mondes qui veulent communiquer. Ni les uns ni les autres n’ont fondamentalement tort ou raison. J’ai décidé de suivre “ma” voie et de ne pas spécialement m’attacher à l’une ou l’autre de ces conceptions…

Pour le reste, je suis dans la vie active, j’ai un travail qui me passionne, des amis de tous les horizons qui sont ma boussole. Je me suis volontairement entourée de gens qui ne me considèrent ni “folle” ni “malade mentale” mais qui acceptent pleinement mon histoire et mes ressentis…

Pour aller plus loin…

Mademoiselle E. continuera son témoignage dans d’autres articles que nous relayerons ces prochaines semaines… Nous vous invitons à commenter l’article ou le partager sur les réseau si cette exploration vous parle.

Comme nous savons que le sujet peut être tabou, nous invitons chacun à nous contacter si vous aussi vous avez des perceptions, des ressentis ou des sensations qui “sortent de la norme” ? Si vous vous sentez différent et avez envie de témoigner, votre témoignage est le bienvenu. Il peut en inspirer d’autres…N’hésitez pas à contacter la rédaction pour notre enquête : etsionsouriait@loptimisme.com