A 27 ans, Matthieu Tordeur est le plus jeune aventurier membre de la Société des Explorateurs Français. Après de nombreuses expéditions en 4L, en Kayak, en ski, à pied, ou encore à moto, il s’est donné comme objectif le Pôle Sud, son plus grand rêve. Durant 51 jours, cet explorateur a tiré un traîneau de plus de 115 kg et le tout en changeant son caleçon une seule fois. Rencontre.

Matthieu Tordeur, tout petit, t’imaginais-tu déjà faire toutes ces aventures ?

Si je fais un vrai retour en arrière, tout a commencé avec la lecture des bandes dessinées Tintin. Avant même de savoir lire, je regardais les images. Les histoires finissaient toujours par ce petit héros qui se balade aux quatre coins du monde. Je ne voulais pas forcément lui ressembler mais ses voyages m’ont appris qu’il y avait d’autres pays que le France. Déjà tout petit, j’avais ce tropisme pour les langues étrangères, pour l’ailleurs. J’ai donc découvert le monde dès que j’ai pu le faire.

Quels messages veux-tu partager à travers tes aventures ?

Tout d’abord, j’aime partager mes explorations sous différents formats, surtout  sous la forme de conférences. J’interviens beaucoup dans les écoles pour parler des thématiques comme le développement durable et dans les entreprises pour parler de la performance, des prises de risques, de la résilience et de la motivation.

J’aime également divulguer un autre très beau message concernant la bienveillance qui règne entre les être humains. Le monde n’est pas un endroit si dangereux que cela, il y a de la générosité et de la gentillesse partout. Dans mes aventures, 99% de mon temps j’ai rencontré des belles personnes.

Parlons désormais de ta grande aventure au Pôle Sud. Que représentait pour toi cet objectif ?

D’un côté, j’étais fasciné par ce grand espace blanc qu’est l’Antarctique, le continent le plus froid, le plus sec et le plus venteux. Ce continent me fascine autant qu’il m’impressionne.

D’un autre côté, je voulais affronter la solitude. Je trouvais que c’était le bon moment pour faire un pas vers l’introspection et la contemplation afin de ralentir le rythme effréné dans lequel je vivais. Je voulais vraiment le vivre tout seul.  Si l’on m’avait proposé de m’accompagner, je pense que j’aurais refusé.

Tu dis l’avoir vécu plus comme une épreuve mentale que physique. T’étais-tu préparé à cela ?

Oui bien sûr ! Les expériences d’ultra distance que j’ai fait auparavant étaient aussi des épreuves mentales et des sortes de préparation. Même s’il y avait des moments très difficiles, il fallait que je me raccroche à ce rêve et que je mette un ski devant l’autre. Il y avait très peu de repères, c’est très blanc (pas de rochers, pas d’arbres, pas d’animaux : du blanc pendant deux mois). Je ne me serais arrêté que si je m’étais blessé physiquement mais le rêve était vraiment au-dessus de tout !

Les conditions étaient très compliquées, il a fait très chaud et il y avait de la neige fraîche. Le traîneau et les skis s’enfonçaient dans la neige.

A quoi pensais-tu lorsque tu marchais pendant des heures ?

J’essayais de penser à des souvenirs d’expéditions, à des moments avec les copains, aux restaurants à Paris… Et à l’inverse, je me projetais dans le futur en me demandant qu’est-ce que j’allais faire à mon arrivée, ce que j’allais faire après l’Antarctique, la direction que je vais donner à ma vie ou à des choses un peu plus pragmatiques. J’écoutais aussi pas mal de podcasts et de musiques. Ce qui m’aidait aussi à avancer.

As-tu eu des grandes frayeurs sur le trajet ?

J’ai eu très peur au début de l’expédition, le tout premier jour. Je suis tombé dans une crevasse, un pont de neige a lâché sous mes pieds. J’ai dû enlever mes skis pour changer la peau de phoque sous mes skis. Mon poids s’est réparti uniquement sur mes deux pieds et je me suis enfoncé dans un trou jusqu’aux hanches. Je m’en suis sorti en me hissant à quatre pattes. Je n’ai plus jamais enlevé mes skis pendant deux mois.

Quel moment t’as le plus marqué ?

L’arrivée en Antarctique au début de mon expédition. Je suis sorti de cet avion Russe sur la glace, c’était fou. Imaginez : la porte de l’avion s’ouvre, le vent glacé vous prend aux tripes. Ce moment, j’en avais rêvé. J’ai pris conscience que l’aventure démarrait.

Quels sont les mots qui te viennent pour décrire ton arrivée au Pôle Sud ?

Un mélange de joie énorme et une pointe de nostalgie (l’accomplissement d’années de préparation). J’étais très ému. Les émotions étaient à vif.

Comment as-tu vécu le retour en France ?

Je l’ai très bien vécu. J’aime autant les départs que les retours. Je pars pour mieux revenir. Je suis très heureux aussi quand je suis en ville. J’ai repris la vie que j’avais laissée avec plein de nouveaux projets.

Mon regard sur le monde n’a pas changé radicalement. En tout cas, je n’ai pas encore pris assez de recul et de temps pour assimiler l’accomplissement de ce rêve.

Un dernier mot à partager pour ceux qui ont envie de partir à l’aventure ?

Beaucoup ont envie de partir et se disent que ce n’est pas pour eux. Mes aventures semblent être des projets complètement fous mais je suis quelqu’un de 100% normal. Je conseille le concept de micro-aventures, c’est-à-dire vivre des petites aventures proches de chez soi sur des temps assez courts. Il faut tout simplement se lancer !

Merci beaucoup Matthieu Tordeur pour ce temps d’échange. Pour suivre ces aventures, rendez-vous sur son site