Nans, de Nus et Culottés : l’extraordinaire interview

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« Ils sont le reflet de l’Optimisme, leur démarche est profondément tournée vers l’humain », vous êtes nombreux à nous avoir conseillé d’aller à leur rencontre… Quand on a su qu’une nouvelle saison de « Nus et Culottés » allait être diffusée sur France 5, on s’est dit que c’était l’occasion de connaître les personnalités derrière le projet. Extraordinaire rencontre avec Nans !

nans

Nans, peux-tu nous raconter ton histoire ?

Je suis un enfant de la Montagne, j’ai grandi à Montboutoux à 850 mètres d’altitude entre Grenoble et Chambery. Mes dimanches, je les ai passés à construire des cabanes au plus proche de la nature. Puis j’ai la chance de faire un lycée sport-nature dans la Drôme, région chère à mon cœur.

Au lycée, je fais du kayak, de l’escalade, du canyoning en parallèle de mon bac S. Je vis dans une ambiance familiale basée sur la coopération. C’est là que j’approfondis mon rapport à la nature et au groupe. Une vraie école du vivre ensemble où j’apprends des valeurs comme la responsabilité de l’autre et le partage.

Tu poursuis avec un cursus classique ?

Oui. Je pars faire une école d’ingénieurs à Toulouse. Je rencontre Mouts (ndlr : co-équipier de Nans dans Nus et Culottés) dans une course de poubelles le jour de l’intégration ! On se lie d’amitié autour de l’écologie et du voyage. Nous faisons nos premiers roadtrips en auto-stop.

Ce sont les premiers pas de Nus et Culottés ?

Quand on est autonome, on n’a besoin de personne ; dépouillé, on crée une situation qui fait émerger la solidarité. C’est à partir de ce moment que je me rends compte que mes besoins sont une porte royale vers la rencontre. J’ai envie d’aller plus loin.

Tu te lances donc dans ton premier grand voyage ?

Oui ! Avec un ami, Guillaume Charouain, on s’était promis de faire un grand voyage à la fin de nos études. Nous tenons notre promesse et nous partons faire un tour du monde « petit budget et respect des valeurs ». Nous partons en bateau stop ! 2 mois pour arriver aux Caraïbes.

Le désir de dépouillement monte en nous. Arrivés la bas, nous commençons à donner ou vendre nos affaires. Nous avions accordéon, guitare, planche de surf. Nous nous allégeons. Nous frappons à la porte des gens et récupérons à manger dans les restos.

Tu traverses donc ainsi la Colombie, le Mexique et l’Amérique centrale pour arriver aux Etats-Unis ?

nansOui. Je vis des moments de liberté. En Colombie je m’arrête pendant 2 mois pour écrire un livre et gagner des sous pour traverser le détroit qui relie la Colombie au Panama.

Finalement, j’arrive aux US : plus exactement au Burning Man, un festival américain, véritable lieu de rencontres. On y trouve des ingénieurs de la Silicon Valley venus pour tester leur dernière innovation ou des personnes qui sont là pour le sexe ou la drogue. L’argent n’a pas sa place dans ce lieu : on offre à manger, on nous donne à manger. La moitié des gens sont nus et l’autre non. Cela plante une graine. Moi, pudique, je me mets tout nu pour la première fois.

Pendant une semaine, je vis dans l’insouciance et découvre le potentiel de créativité en chacun de nous.

Comment recolles-tu avec la réalité ?

Je trouve un plan pour travailler dans une ferme de cannabis (légal en Californie). Cela ressemble un peu aux vendanges sauf qu’on récolte du cannabis. Je découvre un univers qui me permet de gagner beaucoup d’argent et découvre une mentalité 68 intégrée dans la vie moderne : sexualité libérée, etc… Nouvelle claque. Je me rends compte que je peux vivre toute ma vie sur la route en travaillant dans le cannabis quelques mois par an.

Mais tu ne suis pas cette voie ?

Non. Je me cherche. Je ne contribue à rien en travaillant dans le cannabis. Guillaume part rejoindre une amie à New-York et je voyage en errant dans les vieilles campagnes américaines. Est-ce que je continue à voyager ou est-ce que je rentre en France où j’ai une histoire d’amour en cours.

Je pars retrouver Guillaume au Canada quelques mois plus tard. Il fait -40°C la bas : nous décidons de repartir sur la route et d’éprouver notre foi dans l’être humain de Montréal à Hallifax. Une des expériences les plus époustouflantes que j’ai faite notamment notre dernière rencontre. On tend le pouce. Un 4×4 s’arrête. Une femme nous prend en stop, elle a l’air soucieuse. Elle nous demande ce que l’on fait, on lui raconte. Son fils de 18 ans est décédé un mois avant lors d’un voyage similaire au notre en Inde. Elle nous dit que c’est lui qui nous envoie et nous invite à dormir chez elle et son mari. Nous leur préparons un grand repas. Le mari dans la joie du moment nous joue un air avec sa guitare qu’il n’avait pas touchée depuis le décès de son enfant. Nous dormons dans la chambre de leur fils restée intacte.

A ce moment, j’ai senti ce que le voyageur peut apporter à l’homme sédentaire et ce que l’homme sédentaire peut apporter au voyageur. Nous étions un cadeau l’un pour l’autre.

Cela a bouleversé ma vision des relations et des échanges.

Cela marque la fin de ton voyage ?

nansJe rentre en France où j’ai le projet d’écrire un livre : un guide de voyage et de techniques pour se déplacer et dormir. 9 mois pour écrire ce livre qui regroupe 33 techniques. Durant cette période, je n’ai plus d’argent ni d’identité sociale. Je ne crée plus. Je n’ai plus envie de devenir ingénieur. En voyage, je suis un voyageur, là je ne sais plus ce que je suis.

A mon anniversaire, mes parents me demandent ce que je veux, je demande un stage de vie sauvage. J’apprends avec Kim Pashe les techniques pour se nourrir, pour s’abriter, pour faire du feu, pour cuisiner. Je comprends qu’il y a dans la nature une richesse phénoménale. J’enrichis le livre. 

Quand débute « nus et culottés » ?

A la fin de l’écriture, je contacte Mouts, j’ai envie de ré-éprouver les sensations du voyage. Nous décidons de partir en France nus et faisons le pari fou d’arriver en décapotable rouge et costard à Paris pour aller en boîte. Nous partons avec une petite caméra depuis la Drôme car j’ai confiance en l’hospitalité des gens là-bas.

Ma mère me demande ce qu’elle a fait pour que je fasse une telle connerie ! Il faut dire qu’on avait plutôt peur quand nous sommes partis.

Mais cela me fait vibrer et je suis cette intuition. Plus on croit en nos rêves et plus on s’abandonne dans la vie, plus ce qui se passe dépasse ce que l’on peut imaginer. 

Notre intellect ne peut imaginer que ce qui est connu. Or nous mettons les 2 pieds dans l’inconnu et nous découvrons le potentiel extraordinaire contenu dans l’inconnu.

Tu as donc l’idée d’en faire un film ?

Je filme une ou deux heures de rush. On monte le film en une nuit. J’appelle une boite de production sans trop y croire pour proposer l’idée de concept. On me demande de faire un dossier, je le fais le jour même. Je les rappelle. Je leur envoie la vidéo. Je les rappelle. L’assistante me prend pour un fou : elle veut se débarrasser de moi et me passe le producteur ! Il nous propose de monter à Paris. Une rencontre avec France 5 est possible. On y arrive à poil avec un buisson. Vous imaginez dans l’ascenseur !

Ils nous demandent ce qui nous motive dans ce projet. Je ne sais pas quoi répondre à une chaîne télé ! Je leur réponds :

C’est parfaitement dans leur ligne éditoriale. Ils nous achètent un projet pilote en avril. On ne sait pas filmer mais on est culottés !

Quelle aventure ! Et le pilote fonctionne ?

On se retrouve dans la Drôme. Mon premier film part de là. On part à poil pour réaliser un rêve et un film. On ne sait pas si ça va fonctionner.

On est au pied du Vercors, on sait qu’on va passer une nuit dehors. On a carte libre. Perdus dans la pampa au mois d’avril, la météo annonce 0 degré, il faut faire un feu. Je commence avec les techniques de Kim Pashe. Beaucoup de fumée mais pas de feu. Le soleil et la température descendent. A 0 degré, on meurt. On cherche une source d’isolation. Mouts commence à ramasser la mousse pour faire une couverture de mousse. Si nous avions été rationnels à ce moment là on n’aurait pas continué, il fallait 24 heures pour arriver à en faire une couverture. Mais on le fait. Et là, un des plus grands miracles de ma vie se passe. Mouts trouve sous la mousse un briquet, il ne fonctionne pas, il le jette. Je le récupère, il y a un tout petit peu de gaz, on a allumé un feu.
Cette histoire était tellement folle qu’on n’a pas osé la filmer.

Cette étincelle nous a accompagnée, ce feu de la magie a allumé une foi qui a continué de brûler au fond de nous.

Quel est le but de « nus et culottés » ?

Depuis 2010, nus et culottés nous amène à travers des films à ré-enchanter notre regard sur les humains et sur la vie.  Dans nos voyages, on n’a pas d’autres choix que de se remettre à l’inconnu et à l’étranger.

C’est une école du dépouillement et une manière de témoigner et de s’émerveiller de l’humain et de la magie.

Cette beauté qu’on a rencontrée chez l’humain n’est pas une beauté qui s’oppose à la laideur. C’est une beauté qui contient la laideur.

J’aime ce poème anglais de Rick Fields qui dit :

This world –
absolutely pure
As is.
Behind the fear,
Vulnerability.
Behind that,
Sadness,
then compassion
And behind that the vast sky.

~ Rick Fields

Ce poème ne dit pas que la violence n’existe pas. La beauté est contenue dans la violence. Il y a plein de moments où je suis violent, où je râle. Souvent l’humain oublie la beauté et le potentiel qui est en lui.

 

Quand on oublie, c’est qu’on est amnésique or c’est tellement bon de s’en souvenir !

Qui sont les personnes qui t’inspirent ?

Pierre Rabhi, j’ai assisté à une de ses conférences et il a planté une petite graine.

Un homme dans les Caraïbes sur l’île de Grenada : il vivait sans rien, sans argent et il était aussi connu que Bob Marley. Les valeurs dont il me parlait me faisaient rêver : faire de la vie une danse, une célébration… J’ai vécu 2 jours avec lui… Un jour, je lui ai demandé « Comment tu fais pour vivre avec les moustiques ? » «  hmmm, ah oui les moustiques, parfois ils viennent chanter à mon oreille… »

André Riehl, yogist itinérant qui m’a inspiré dans le voyage intérieur

Kim Pasche qui vivait 6 mois de l’année au Yucan. Il reliait vie sauvage à la vie moderne.

Isabelle Padovani, enseignante en communication non violente. Elle a une clarté d’esprit qui synthétise très bien comment la compassion peut fonctionner entre les personnes.

La suite ?

Un sujet un peu plus lourd autour du deuil. Nous allons faire un film qui permet d’accompagner les gens qui vivent un deuil. S’il s’agit de l’expérience de vie la plus partagée, c’est aussi celle qui nous isole le plus car la situation est difficile à gérer.

Nous avons réalisé un crowdfunding pour partir faire une marche de 2 semaines et un film dans la Drôme.

Un livre à conseiller ?

L’alchimiste de Paolo Coelho

Les mots sont des fenêtres ou ce sont des murs de Marshall

1000 mercis à Nans pour cette longue interview ! L’Optimisme vous recommande (vraiment vraiment) cette dernière saison de Nus et Culottés sur France 5 !

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