L’écrivain Philippe Gourdin nous offre une vision positive de l’après-cancer…

Il y a quelques mois, nous avions interviewé Philipe Gourdin pour son courage face à la leucémie. Malgré la maladie, Philippe garde un mental d’acier et a toujours conservé son optimisme. Dans cet article, il nous propose un texte inspirant sur sa vision positive de l’après-cancer.

« S’accommoder de »

Le verbe « se blottir » est le verbe le plus protecteur de l’enfance.

Le verbe « Apprendre » est le réconfort de la vieillesse : apprendre aux autres ce qu’on a compris de la vie et continuer d’apprendre de ce monde qui change et nous échappe.

Le verbe « s’accommoder » est un essentiel chez l’adulte.

Avancer, c’est parfois devoir « s’accommoder » des mauvais coups que la vie nous a concoctés ! Comme un enfant élevé sans père doit comprendre qu’il ne va pas rester indéfiniment unijambiste, comme un homme quitté par celle qu’il aimait doit admettre qu’un cœur brisé peut se regénérer, comme un rescapé d’un accident grave doit reprendre les rênes pour poursuivre son trajet.

« S’accommoder » de ça, plutôt que d’en pleurer, avancer avec ce qu’on a enduré, plutôt que de se sentir définitivement attaché à une ancre. Et ne pas laisser le défaitisme s’asseoir à sa table. Quand le cancer crée une percée dans une existence, quand il provoque des handicaps, ce sont comme des espaces vides ; mais qui ne demandent qu’à être remplis ; remplis de vie bien sûr.

Le corps a son mot à dire

Reposez-vous, laissez cette possibilité à votre chair de récupérer, le corps est une mécanique formidable ! Il faut faire confiance à la vie et participer consciemment au mouvement intérieur, incarner pleinement son chemin de guérison. Et avancer, combler les trous, les ecchymoses, avec du jus de cette vie et une inaltérable envie.

Conservons à l’esprit que les épreuves nous font nous dépasser. Django Reinhardt aurait-il eu sa carrière s’il ne lui avait pas manqué deux doigts à priori nécessaires à un guitariste ? Philippe Croizon aurait-il eu l’idée de traverser la Manche à la nage sans ses handicaps ?

Parfois, après l’expérience du cancer, on peut être tenté de dire que je ne suis plus moi, que je suis un esquinté, que je suis différent. Mais non, pas du tout ! Je suis quelqu’un qui reste moi, un moi peut-être altéré, mais aussi et surtout un moi qui a grandi et qui a fait de cette ombre une servilité.

Poursuivre son chemin

C’est un moi qui continue son parcours, comme un véhicule continue son chemin ; même s’il a perdu une aile ou un clignotant, il conserve ses insignes, son moteur, esquinté, certes, mais l’essentiel est resté là ! Il faut le restaurer, un peu, beaucoup parfois, mais c’est là !

Et s’ouvrent alors à celui qui le veut bien des zones qu’il n’aurait pas explorées sans ce rendez-vous avec le cancer.

On pourrait citer Epictète : « Tout est changement, non pour ne plus être mais pour devenir ce qu’on n’est pas encore ».

Qu’importe où a nidifié le mal, rien n’est simple dans l’après-cancer… Mais tant de choses sont possibles !

La vie appelle la vie

Il y a ceux qui ne parlent que de leurs traumatismes et ceux qui ne veulent plus en entendre parler, jusqu’à presque nier la douleur morale, alors qu’elle reste là, tapie, insidieuse. Et puis ceux qui « s’accommodent » du traumatisme, qui l’inscrivent dans leur parcours et qui continuent d’avancer.

Définir le voyage qui vous attend après tout ça, c’est un véritable acte de foi. De foi en la vie. C’est un chemin ardu et sinueux, mais c’est un chemin qui peut donner bonne mine à ses pèlerins !

J’aime bien cette idée que la vie appelle la vie. Et que l’on « s’accommode » de bien des choses ! Ça peut être par exemple porter un masque, temporairement, même si c’est contraignant…

Suivre Philippe Gourdin

Chaîne Youtube « JE SUIS NE TROIS FOIS » (vidéos à destination de ceux qui sont confrontés à un traumatisme)

Les deux derniers romans de l’auteur : « TOUT SIMPLEMENT REVIVRE » (Ed. A&H, 2018) et « TENIR PROMESSE » (Fauves Ed., 2020)

D’autres parcours de transformation ?

Nous vous invitons à lire l’interview de Kangouroo Girl: l’incroyable courage de Charlène qui casse les clichés autour de la stomie.

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