Sadia DIAWARA, un mot : croire en ses rêves

Rencontre avec Sadia Diawara, un homme aux multiples facettes qui a suscité l’admiration de l’ensemble de l’équipe de l’Optimisme. Rencontre.

Sadia, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis directeur d’un équipement culturel, producteur de cinéma et militant associatif. Je suis d’origine malienne, mon père est Soninké et ma mère est Peule. Ce sont deux cultures très différentes, j’ai ainsi baigné très tôt dans un univers multiculturel.

Peux-tu nous parler de ton parcours ?

J’ai grandi à Pierrefitte, en Seine-Saint-Denis. A 19 ans, un grave accident fait basculer ma vie. J’arrête l’école mais je décide fermement de profiter de la vie pour réaliser ce qui me tient à coeur.

La lecture d’un ouvrage intitulé « La magie de voir grand », offert par mon père est un élément déclencheur. A la fin de cette lecture, je décide d’agir concrètement.

De quelle façon ?

Je crée ma première association avec pour objectif de mettre en place des actions pour les jeunes de mon quartier « La cité rose » à Pierrefitte. L’association propose des sorties, des projets culturels et sportifs et des chantiers de solidarité internationale.

En parallèle, je rédige mon premier recueil de poèmes : une vraie thérapie intitulée « Ma cité intérieure ». Je décide de m’auto éditer car les contrats qu’on me propose ne me semblent pas « justes » et surtout, j’applique mon nouveau leitmotiv : je fais par moi-même.

Finalement tu reprends des études…

Quelques années plus tard, je développe une vraie soif d’apprendre. Je reprends mes études et obtiens un brevet d’état d’éducateur sportif, puis un diplôme universitaire en gestion d’association et enfin une licence en management des organisations. Ce cursus fait sens avec ce que j’aime vraiment : la culture, le sport et la vie associative.

De fil en aiguille, je monte de nombreux projets dans ces domaines : je travaille dans un centre social en plein cœur de la cité rose. Puis je décroche un nouveau job : j’intègre le centre Curial situé dans le 19e arrondissement de Paris. C’est un tournant dans mon parcours : nouveaux amis, nouveaux réseaux, nouvelle vision, nouveaux projets. Au bout de 3 ans, je prends la direction du Centre/

L’envie de réaliser un nouveau rêve surgit : faire la route inverse de l’immigration de mes parents, un « Paris-Bamako » par la route. Je mets mon père dans la confidence. Il me parle alors du lien entre le Maroc, le Mali et la Mauritanie : la désertification.  Et là, bingo ! Le projet de ma vie prend forme dans ma tête : je crée Road tree’p, association ayant pour vocation de replanter des arbres dans les zones de désertification.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur le fonctionnement de Road Tree’p ?

Nous démarrons le projet en 2008 : 300 arbres plantés en un mois de road tree’p ! Un succès dans la mesure où notre objectif était de nous prouver qu’on peut faire des choses sans attendre quoi que ce soit de qui que ce soit.

Nous avons réussi à construire ce voyage sans aucune subvention. Chaque participant paye ses frais de voyage. Nous avons uniquement des dons pour les arbres.

Aujourd’hui encore, on passe par du marketing de réseau : le bouche à oreille, c’est ce qui fonctionne le mieux. Ceux qui participent essaiment naturellement dans leur écosystème.

Dix ans après la création de l’association nous comptabilisons 22 voyages éco-solidaires, 30 000 arbres plantés et pas loin de 300 participants de 4 à 60 ans.

Comment est reçue l’initiative par les « locaux » lorsqu’ils vous voient arriver ?

Un des principes de ce projet : ne jamais se positionner en donneur de leçon. Le savoir sur la terre, ce sont les paysans qui l’ont ! On ne plante pas n’importe où, ni sans partenaire. Tout est anticipé : on sait quoi, quand, où et avec qui on plante. Et naturellement, nous impliquons toujours les locaux. Road tree’p n’est pas un projet humanitaire, ce que nous menons ensemble sont des actions en coopération.

Road tree’p c’est en quelque sorte ton socle. Cependant, tu développes plusieurs projets en parallèle, dans le cinéma notamment…

Oui, cela s’est concrétisé par un premier film « La cité rose », sorti en salles en 2013. A travers ce film, je voulais :

  • Travailler de manière « raisonnée » : nous avons recruté 150 personnes vivant dans les alentours tout au long du tournage, du technicien au comédien !
  • Faire connaitre la cité rose en cassant les représentations que l’on peut avoir : valoriser le quartier et mettre en lumière les initiatives positives qui en émanent.
  • Préserver la mémoire : le projet s’est déroulé en pleine période de rénovation urbaine et la moitié des immeubles a disparu depuis. Avoir filmé les lieux avant la transformation, c’est aussi une manière de se souvenir…

Et comment t’y es-tu pris ?

Réaliser ce film était un vrai challenge, mais on a réussi grâce à un ancrage territorial : je suis allé à la rencontre des habitants en lançant un appel simple : tous ceux qui voulaient participer à ce projet étaient les bienvenus en fonction de leur zone de talents. Il était primordial d’impliquer les gens vivant sur place, nous n’étions pas là pour voler des images.

Quel est ton objectif à travers toutes ces initiatives ?

Mon objectif premier est la transmission. C’est un de mes piliers : transmettre pour ne pas oublier, par devoir de mémoire… Mais aussi transmettre cette permission de rêver et d’accomplir ses rêves.

As-tu toujours cru que ces rêves étaient possibles ?

En tous cas, je n’en ai jamais douté : pour moi un rêve ne doit pas rester un rêve. En prenant un peu de recul, je dirais que je transforme mes rêves en idées.

TWITTER : compte : sadiadiawara  

Quel était ton rêve enfant ?

Partir en Afrique et faire la route inverse de l’immigration de mes parents.

Quelles ont été les choses les plus difficiles à surmonter pour en arriver là ?

Le doute. Le meilleur moyen que j’ai trouvé chaque fois que je doutais a été de passer à l’action. C’est comme quand on est devant une piscine : plus on attend, plus c’est difficile !

D’autres moyens pour surmonter les difficultés : penser positivement. Le positif amène le positif !

Quelle est ta définition d’une vie réussie ?

Je me répète… Essayer de transformer ses rêves en réalité. Être à l’écoute, passer à l’action et transmettre.

Une citation préférée ?

Nous avons choisi un extrait de ton recueil de poèmes « Ma cité intérieure »…

« Dans ma Cité Intérieure, mes mots affrontent mes maux,
Mon cœur attaque mes rancœurs et mon écriture raconte les ratures de ma vie…»

La notion de transmission semble te tenir à cœur, quels conseils donnerais-tu à la jeunesse d’aujourd’hui ?

La vie est une exploration, tous les jours on avance, on découvre, on partage et on teste de nouveaux projets ! La vie est un laboratoire qu’il faut tester et utiliser ! C’est le meilleur moyen de ne pas avoir de regrets !

Quels ont les prochains rêves que tu vas transformer ?

J’ai un projet de nouveau livre cette année. Avec mon équipe, nous travaillons sur du contenu audiovisuel pour le web entre autres. Nous venons de boucler le tournage du 2e film… A suivre 🙂

Passons aux questions plus classiques !

Un livre préféré ?

La magie de voir grand de David J. Schwartz
Le prophète de Khalil Gibran
Le petit prince d’Antoine de Saint-Exupéry.

Un TED TALK préféré ?

Y a-t-il une vie avant la mort ? Pierre Rabhi – TEDxParis 2011

Des personnes qui t’inspirent ?

Mes parents.

Le mot de la fin ?

Une phrase que j’aime bien : « Vivre ensemble sans faire ensemble n’a aucun sens pour moi ! »

Pour obtenir plus d’informations sur l’association Road tree’p, rendez-vous sur le site de l’association en cliquant ici

Et pour plus d’informations sur la cité rose, rendez-vous sur la fiche Allociné en cliquant ici

Enfin, pour vous plonger dans la cité intérieure de Sadia Diawara, son premier recueil de poèmes, n’hésitez pas à le contacter.

Propos recueillis par Vanessa Penelope : vanessa.penelope@loptimisme.com