Cartographier le bonheur : impossible ?

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De la difficulté à cartographier le bonheur…

Les cartes, c’est merveilleux. Il en existe de tout type, bien au delà des considérations purement géographiques (petite sélection ici). Le bonheur n’échappe pas à cet enthousiasme cartographique. Il faut dire que cette notion si simple et pourtant si difficile à saisir pose de multiples enjeux. Le jour où la question de savoir ce qui fait une société heureuse aura trouvé sa réponse, les gouvernements auront les cartes en main pour élaborer des politiques qui profitent véritablement au bien-être du plus grand nombre.

De nombreuses études consacrées au bonheur mondial

Le bonheur est donc une question sérieuse…. même dans notre monde plus que jamais dominé par la realpolitik et les enjeux financiers. De nombreux organismes se sont donc essayés à le cartographier. Citons par exemple le massif World Happiness Report (lien réservé aux anglophones!), publié tous les ans depuis 2012 par l’Organisation des Nations Unies.

L’ONU n’est bien sûr pas la seule organisation à se pencher sur la question. Chaque année, des légions de sociologues saisissent leurs bâtons de pèlerin et parcourent le monde pour poser aux gens cette simple question : « êtes vous heureux ». Et chaque année, ils se retrouvent confrontés aux mêmes difficultés.

La question qui empêche les sociologues de dormir…

 … est bien évidemment celle-ci : y a-t-il des critères universels pour mesurer le bonheur ? Un coup d’œil sur la carte 2015 des Nations Unis peut laisser penser à une certaine corrélation entre satisfaction et niveau de vie, mais au fond un critère froidement économique comme le PNB est bien trop limité pour en tirer des conclusions.

Et puis, se promener dans la rue en demandant aux gens s’ils sont heureux est une méthode qui comporte son lot de défauts.

Un peu de linguistique…

… mais alors juste un peu. Le concept de bonheur est en français plutôt profond : le Larousse parle d’état de complète satisfaction. La question « êtes vous heureux » appelle donc une réponse pondérée.

Outre-Manche, heureux se traduit par happy et le concept est plus léger. Si l’on prend maintenant la route du nord de l’Europe pour s’arrêter au Danemark, la question est aussi difficile. Le terme de bonheur se traduit par lykke, qui peut indiquer tout aussi bien un profond contentement qu’un sentiment de satisfaction à l’idée de s’envoyer une bonne bière.

Le concept est poussé encore plus loin en Chine : bonheur peut être traduit par xingfu (une bonne vie), you yiyi (une vie qui a du sens), et kuaile (bonne humeur).

De l’importance de la culture

La linguistique n’est qu’un des nombreux écueils gisant sur le chemin du sociologue-chercheur-en-bonheur.

Les différences culturelles sont un autre obstacle majeur. Nous ne sommes tout simplement pas heureux de la même façon dans toutes les régions du monde.

L’approche des chercheurs occidentaux est fondamentalement individualiste, et considère l’individu indépendamment de son cercle social. Une telle approche ne peut que se briser les dents sur des cultures où le collectif, les relations, la cellule familiale sont des considérations qui dépassent de loin celles de l’individu seul. C’est le cas d’un pays comme la Chine, par exemple : de nombreuses études tendent à confirmer qu’alors même que les jeunes générations adoptent un mode de vie de plus en plus similaire au mode de vie occidental, le bien-être familial reste au centre de leurs considérations.

Tout un tas (d’autres) facteurs à prendre en compte

Il n’y a donc pas de méthode simple pour cartographier le bonheur. Même la technologie n’y arrive pas. Une application comme Mappiness se veut un moyen de dresser une carte du bonheur en collectant les données des usagers. Manque de bol, la carte dressée sera celle du bonheur des possesseurs d’iPhone, ce qui limite joyeusement la diversité.

Les Nations Unies pour leur part considèrent de nombreux critères, certains tangibles (le PNB par exemple), d’autre moins (progrès social, environnement durable, estime de soi…). La mesure du bonheur se fait donc autant à partir de données froides et objectives que de considérations tout à fait subjectives qu’il est difficile d’analyser.

La cartographie du bonheur est donc à l’image de l’être humain lui-même : complexe.

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