Témoignage d’un professeur en REP+

Professeur en zep

Vous le savez, l’équipe de l’Optimisme a à coeur de donner la parole à ceux qui agissent sur le territoire. Etre proche du terrain, vous donner la parole, cela nous semble primordial. Nous avons pour habitude de mettre vos métiers en avant. Pendant quelques semaines, un professeur en REP+ (Le prof à rayures) va nous raconter son métier et son quotidien d’instituteur dans une cité. Parce que l’engagement est partout.

On en parle…​ Par le prof à rayures

On en parle des inégalités ?
On en parle de la misère sociale ?
On en parle de la misère culturelle ?
On en parle des quartiers ?

Oui, on en parle.
Tout le temps. 
Dans tous les sens, à travers tous les prismes, souvent en fonction de ses intérêts.
Tout le monde parle de ce qu’il sait, ou croit savoir… à tort et à travers.

Je vais parler de ce que je sais. Je vais parler de mon expérience et par mon expérience.

Je suis enseignant. Encore un prof qui se plaint. Non, je ne me plains pas. Au fond, ce n’est pas moi que je plains.

Je suis enseignant depuis 15 ans. J’ai toujours voulu être professeur. Je suis né et j’ai grandi à Paris, avec une vision de l’école telle que je l’avais vécue en tant qu’élève.

Projeté dans une autre réalité : professeur en REP+

A 23 ans, titularisé, j’arrive en Seine-et-Marne, dans une école de cité, en REP+ (Réseau d’Éducation Prioritaire +).

Le choc. Rien à voir avec ce que j’imaginais. Le quartier, la violence, la pauvreté économique et culturelle…

Je suis alors jeune, souple, motivé et surtout vierge de toute expérience professionnelle ailleurs. J’enseignerai dans cette école en REP+ pendant 14 ans.

Une école difficile, un turn-over massif et annuel de la quasi-totalité des professeurs, une direction dépassée et à bout de souffle. Une situation inextricable. Tout un cadre à bâtir.

Nommés sur l’école en même temps que moi : des collègues motivés (pour la grande majorité), une nouvelle direction, elle aussi motivée.

Tout donner

Pendant des années, nous nous investissons, surinvestissons même, jusqu’à mettre complètement de coté la vie personnelle.

Nous parvenons à changer cette école (ainsi que son image), réputée une des plus difficiles du département. Nous y instaurons un cadre strict et bienveillant, plus propice aux apprentissages, avec des projets concrets et efficaces.

14 ans plus tard, je quitte cette école. Je quitte cette école à laquelle j’ai tout donné pendant 14 ans, je quitte des élèves, des familles, des collègues que j’ai beaucoup aimés.

Je suis alors épuisé par mon métier.

J’obtiens ma mutation à Paris. J’arrive dans une école parisienne.

Le choc. Rien à voir.

Milieu social plus favorisé. Enfants éveillés, cultivés, motivés. Un climat de travail serein. Mon quotidien d’aujourd’hui, bien loin de mon quotidien d’hier.

Avec le recul, je ne blâme pas les enfants de la cité. Je ne blâme pas TOUS les parents de la cité. Je ne blâme pas TOUT le personnel enseignant. Je constate des situations, des attitudes, des comportements inacceptables, souvent inimaginables.

Si vous saviez le nombre de fois où, racontant des événements que j’ai vus et vécus là-bas, on ne m’a pas cru ou taxé d’exagération !

J’ai littéralement vu deux mondes différents avec un même métier.

Depuis longtemps, j’ai envie de raconter cette réalité. Aujourd’hui, j’en ai l’occasion. Alors je me dis pourquoi pas…

Durant les semaines à venir, le prof à rayures nous racontera son parcours. Si vous avez des thématiques que vous aimeriez le voir aborder, commentez l’article sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram) et dites-nous si je le sujet vous parle. Notre objectif est de mettre en avant l’engagement de ceux qui œuvrent au quotidien pour l’éducation.